Dimanche 6 octobre 2019

« PMA pour toutes: l’ampleur de la manifestation remobilise les opposants », Le Figaro, 07/10/2019

Conservative groups protesters demonstrate against a reform bill in Paris

Dimanche, le défilé à Paris a réuni 600.000 manifestants selon les organisateurs, 74.500 selon le cabinet indépendant Occurrence. De nouvelles dates sont d’ores et déjà annoncées. Mariannes coiffées d’un bonnet phrygien, familles avec enfants en poussette, grands-parents, grappes d’étudiants… les opposants à la PMA pour toutes ont battu le pavé dimanche après-midi à Paris dans une ambiance proche de celle des premiers rassemblements de 2013 contre la loi Taubira. En fin de défilé, le compteur des organisateurs, sur les écrans géants, s’est arrêté sur le chiffre de 600.000 personnes, sous les acclamations de la foule. Un «pari gagné», selon les 21 associations organisatrices de l’événement. Le cabinet indépendant Occurrence, lui, a compté 74.500 personnes. La Préfecture de police a de son côté chiffré à 42.000 le nombre de manifestants.

Dans la soirée, ces chiffres ont entraîné un début de polémique. La Manif pour tous a jugé l’estimation donnée par les autorités «en contradiction avec les échanges opérationnels» avec la Préfecture de police. Elle a demandé un accès aux vidéos de la Préfecture sur l’ensemble des itinéraires de la manifestation. Pour rappel, la première manifestation contre la loi Taubira de novembre 2012 avait réuni 200.000 manifestants, selon les organisateurs, 70.000 selon la Préfecture de police. «Cette manifestation, c’est un avertissement au gouvernement, s’est exclamée la présidente de La Manif pour tous, Ludovine de La Rochère. Ouvrira-t-il le dialogue ou restera-t-il, comme Hollande en 2012, dans le mépris?»

Au départ du défilé, devant le jardin du Luxembourg, un choix impressionnant de pancartes et de drapeaux était proposé: «Un vrai daron, pas des échantillons», «La médecine? C’est pour soigner!», «Liberté. Égalité. Paternité». Nombre de participants avaient ressorti leurs anciens sweat-shirts bleu et rose de leurs placards, comme Nghia, un professeur d’histoire-géographie de 54 ans de Cognac, membre «des bataillons historiques» de La Manif pour tous. «Les combats que nous menons seront peut-être perdus. La GPA finira sans doute par arriver. Mais il faut se battre car il s’agit d’un choix de société majeur, d’un choix anthropologique face auquel nous ne pouvons rester silencieux», explique-t-il.

«Je ne me serais pas vue choisir mes enfants sur catalogue. C’est dramatique ce que l’on propose à nos petits-enfants», soupire Hélène, une ancienne infirmière de 66 ans, venue de Cannes. Un peu plus loin, place de la Sorbonne, ce sont des féministes de gauche du CoRP et le collectif des Poissons roses qui se sont réunis contre la GPA. Un rassemblement organisé au dernier moment, après le «choc» du vote d’un amendement qui facilite la reconnaissance des enfants nés par GPA à l’étranger et de l’arrêt de la Cour de cassation reconnaissant le «parent d’intention». «Nous n’irons pas marcher avec La Manif pour tous, mais nous sommes là pour dénoncer la marchandisation de l’humain et l’injonction à la procréation», explique l’historienne et militante Marie-Jo Bonnet.

Devant le Sénat, les tubes Résiste, de France Gall, ou Parler à mon père, de Céline Dion, se succèdent. Les participants scandent «Un père, une mère: c’est élémentaire». Un jeune homme revêtu d’un gilet jaune orné d’un Sacré-Cœur plaide pour une convergence des luttes: « L’extension du domaine du marché, c’est une thématique jaune », relève-t-il. Les organisateurs ont souhaité faire passer les manifestants devant ce lieu symbolique du débat parlementaire pour dire que «rien n’est encore joué». «Les gens de la droite classique disent que c’est perdu d’avance. Il faut y aller ou non?», interpelle un sexagénaire vêtu d’un Barbour, alors que le cortège s’élance rue de Vaugirard. La rue, étroite, se transforme en goulet d’étranglement du défilé. En milieu d’après-midi, une partie des manifestants est dirigée vers un itinéraire bis pour rejoindre Montparnasse. D’autres rentrent chez eux.

Jeanne, étudiante en ergothérapie, a customisé son sac avec le titre de la chanson de Stromae Papaoutai. Elle est venue défendre «nos valeurs morales», «comme Jeanne d’Arc l’a fait il y a quelques siècles». Aline, jeune médecin, manifeste pour la première fois, une pancarte à la main: «Employer la médecine et l’argent public pour lutter contre l’infertilité, oui. Les utiliser pour priver certains enfants de leur père, non.» Présent dans les rangs, Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon, s’alarme quant à lui de «la mise en péril de nos fondamentaux».

Agnès Thill, la députée exclue de LREM, notamment pour son opposition à la PMA pour toutes, est très entourée et félicitée. «Il n’y a aucune couleur politique sur ce sujet, s’exclame-t-elle. C’est une question philosophique, et je suis ravie de défiler entourée de députés d’autres sensibilités politiques. Car déstructurer la filiation, ça pose un vrai problème!» Puisqu’elle n’a «pas de temps de parole à l’Assemblée», la députée apparentée RN Emmanuelle Ménard va «saisir le Conseil constitutionnel sur le caractère non démocratique du débat dans l’Hémicycle». Un peu plus loin, le député Julien Aubert, candidat à la présidence des Républicains, affirme qu’ « il ne faut pas avoir la droite honteuse»: «Moi, je viens parce que mon slogan c’est Oser la droite. »

Les organisateurs attendent désormais «des réponses du gouvernement». «S’il s’entête, il nous trouvera sur sa route!, a martelé le vice-président de La Manif pour tous, Albéric Dumont. Avant d’inviter les participants à réserver le dimanche 1er décembre, date de la prochaine manifestation. D’autres suivront peut-être, «en fonction de l’attitude du gouvernement».

Stéphane Kovacs et Agnès Leclair

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L’idéologue et la technocrate

Sciappa:Buzyn

L’idéologue c’est Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’égalité, convaincue du bien-fondé de la PMA sans père et, au-delà, de toute politique dite « progressite ». L’incarnation politique de l’aliénation idéologique en matière sociétale. Celle qui transfère la question anthropologique dans le domaine de l’émotion contemporaine.

La technocrate sans âme, c’est Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé. Professeur et médecin, elle se présente comme moins polémique que la première, partant moins clivante. Voilà pourquoi elle est choisie par le président Macron pour faire passer la loi de la PMA pour toutes qui précèdera, tôt ou tard, une loi autorisant la GPA. C’est mécanique, voire automatique, au nom de l’égalité. Agnès Buzyn, elle, fait glisser la question anthropologique dans le domaine de la science.

Le mariage pour tous, la PMA pour les lesbiennes et, demain, la GPA pour les gays constituent un triptyque logiquement articulé dont la cohérence philosophique et les conséquences humaines ne peuvent relever ni de l’émotion (toujours relative et passagère) ni de la science (froide et sans conscience). Entre la perversion de l’idéologue et l’amoralité de la technocrate, le chemin reste le même : celui de l’humanité dénaturée.

Mobilisation nationale anti-PMA

« MARCHONS ENFANTS! »
MOBILISATION UNITAIRE

MANIFESTATION NATIONALE DIMANCHE 6 OCTOBRE 2019

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« Une seule solution : la manifestation ! » Le « nouveau monde » d’Emmanuel Macron n’aura pas fait long feu pour remettre ce vieux slogan au goût du jour. Refusant toute forme de dialogue et restant sourd, pour ne pas dire méprisant, au dissensus clair qui s’exprime dans la société à propos de la PMA sans père et de la GPA, l’exécutif a décidé de passer en force en présentant ce matin un projet de loi en conseil des ministres. « Il ne s’agit pas d’un projet de loi de bioéthique mais d’un projet de loi de société » a souligné Albéric Dumont, Vice-président de La Manif Pour Tous, lors d’une conférence de presse unitaire rassemblant une vingtaine d’associations qui appellent toutes à une grande de journée de mobilisation nationale à Paris le dimanche 6 octobre prochain.

 Une immense majorité de Français opposés au projet de loi

La Manif Pour Tous dénonce le mépris du Président de la République et de sa majorité qui n’ont pas daigné prendre connaissance des conclusions des Etats généraux de la bioéthique, piétinant ainsi les engagements du candidat Emmanuel Macron en 2017. Ce dernier s’était seulement déclaré favorable « à titre personnel » à une évolution des conditions d’accès à la PMA à la condition expresse que « le débat [soit] favorable ». Or le Président du CCNE (Comité Consultatif National d’Ethique) a souligné lui-même l’absence de consensus sur cette question à l’issue des Etats généraux de la bioéthique (1), lesquels ont même montré le soutien massif des participants à un statu quo sur l’encadrement de la PMA. Pour La Manif Pour Tous, il est injuste de vouloir autoriser la fabrication d’enfants volontairement privés de père. C’est ce que pense aussi une immense majorité de Français puisque selon une enquête IFOP de juin 2019, 83% des Français estiment que les enfants nés par PMA ont le droit d’avoir un père et une mère. C’est le cœur du sujet. « Parler de création de droit pour être plus séduisant en occultant délibérément les conséquences pour les enfants est un procédé odieux et révoltant : on ne triche pas avec la démocratie ! » s’indigne Albéric Dumont.

 L’humain n’a pas de prix !

Le projet de loi « de société » contient de nombreuses menaces pour l’avenir de la famille et de la société. L’autoconservation des ovocytes n’est ni plus ni moins qu’une soumission au capitalisme ultra-libéral qui ne juge la dignité d’une personne qu’à sa valeur économique. « Dis-moi combien tu vaux, je te dirai qui tu es… et aussi quand tu auras le droit d’avoir un enfant » : est-ce ce monde-là que nous voulons pour demain ? Est-ce une vision exclusivement mercantile de l’humain que nous voulons transmettre à nos enfants et petits-enfants ? Jusqu’où allons-nous aller dans la déshumanisation ? « Tout ce qui fragilise le tissu familial fragilise toute la société. La famille est la base humaine de toute société : premier lieu de solidarité et refuge pour les plus vulnérable, elle est à juste titre plébiscitée par les Français, en particulier en période de crise » rappelle Ludovine de La Rochère, Présidente de La Manif Pour Tous. Le projet de loi « de société » n’échappera pas au débat sur la GPA. Le droit à l’enfant par la PMA sans père aura du mal à résister à la voie de la GPA.

 Un projet de loi politicien

« Le gouvernement aurait pu choisir de rassembler. Il a fait le choix inverse. Il a fait le choix de ne pas écarter d’emblée la question de la procréation médicale assistée, dont il est manifeste qu’elle conduira, un jour, pas demain, mais un jour prochain, à la gestation pour autrui. Il a fait le choix de produire, au moment où s’engageait le débat sur le mariage, une circulaire qui, sans légaliser la gestation pour autrui, indique clairement à ceux qui souhaitent s’engager dans cette pratique proscrite en France que les enfants qui en seront issus pourront se voir accorder la nationalité française, reconnaissant ainsi implicitement mais nécessairement un lien de filiation avec le père. Le gouvernement a choisi de cliver par calcul politique. Pour se donner, à peu de frais, l’impression de rejouer de vraies réformes de fond : l’abolition de la peine de mort sous Mitterrand ou la légalisation de l’IVG sous Giscard d’Estaing. Nous déplorons ce désir du clivage. » Ces mots d’Edouard Philippe dans une tribune co-signée avec Nathalie Kosciusko-Morizet en 2013, n’ont pas pris une ride. Mais son auteur a lui aussi quitté le « nouveau monde » pour faire le choix déraisonnable de la politique de la girouette. La France mérite mieux. Aussi, quel crédit accorder au Premier Ministre et à tous les membres de sa majorité qui jurent aujourd’hui, la main sur le cœur dans un décorum de série B, que jamais, au grand jamais, la GPA ne sera légalisée en France.

Pour l’abolition universelle de la GPA

La GPA est une pratique indigne et intolérable. Cet asservissement de la femme est une nouvelle forme d’esclavage. La marchandisation de l’enfant, réduit à l’état d’objet, est une honte. Envisager, comme le veulent des députés LREM, de transcrire systématiquement à l’état civil français les actes de naissance des enfants nés d’une GPA à l’étranger, c’est légaliser de fait la GPA en l’autorisant à l’étranger. C’est encourager un business sordide. L’ambition de la France, patrie des Droits de l’Homme, c’est de dire non à toutes formes de GPA, non seulement en France mais partout dans le monde. « La dignité des femmes et des enfants n’a pas de frontière. Ce qui est intolérable en France l’est aussi aux quatre coins du monde. Nous devons avoir pour ambition collective l’abolition universelle de la GPA » précise Ludovine de La Rochère.

 Toute ces revendications au service de l’humain, de la famille et des droits de l’enfant seront au cœur de la manifestation du dimanche 6 octobre à Paris : « Marchons enfants ! » La Manif Pour Tous sera acteur de cette journée de mobilisation nationale et unitaire et ses équipes sont d’ores et déjà au travail.

(1) « Il n’y a pas de consensus sur la procréation médicalement assistée », Pr. Delfraissy, Le Monde, 5 juin 2018.

Cognac