Jean-Frédéric Poisson

« Jean-Frédéric Poisson pour une «mobilisation» contre «la PMA pour tous», Le Figaro, le 26/09/2018.

Jean-Frédéric Poisson

Jean-Frédéric Poisson, président du Parti chrétien-démocrate (PCD) précédemment dirigé par Christine Boutin, a jugé aujourd’hui qu’il y avait « matière à mobilisation » contre la « PMA pour tous » qui mène selon lui à une « dérive dangereuse ». Le dirigeant politique conservateur a estimé sur France Infoqu’il y avait sur cette question « matière à mobilisation des personnes qui, il y a quelques années, se sont mobilisées contre le Mariage pour tous, car en réalité c’est le même sujet ». « La loi ne doit autoriser qui que ce soit à donner naissance à un enfant qui serait privé de père ou de mère », a aussi affirmé dans un communiqué l’ancien député, qui dénonce une « dérive dangereuse et une atteinte fatale et durable à la dignité humaine ».

Pour le dirigeant politique conservateur, « la PMA pour tous conduit mécaniquement, au nom de l’égalité entre les couples homosexuels, à la légalisation des mères porteuses. Autant dire à l’esclavage des femmes et à la marchandisation de l’enfant ». Il a qualifié de « mascarade » les Etats généraux de la bioéthique qui « ont révélé une absence de consensus sur la PMA pour toutes, et démontrent qu’elle est revendiquée par des groupes de pression minoritaires ». Le Comité d’éthique a ouvert la voie à l’extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules en réaffirmant mardi qu’il y était favorable, quelques semaines avant le début du processus législatif.

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Guerre sociétale

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La guerre sociétale déclenchée par François Hollande n’a jamais cessé, mais elle connaît aujourd’hui une nouvelle flambée avec le projet macroniste de légaliser la PMA sans  père. Dans un éditorial, Guillaume Tabard montre que le projet – contestée sur la méthode mais pas sur le fond – du député Guillaume Chiche n’est pas si isolée qu’elle ne paraît, et qu’elle témoigne d’une véritable stratégie concertée. Dans ce débat, tous reconnaissent qu’après les EGB il n’y a pas et il ne peut y avoir de consensus. Les oppositions ne peuvent être que frontales car elles anthropologiques, ce que ne peut traduire l’expression inepte de « promesse électorale ». Partant, la stratégie macroniste, qu’elle émane directement de l’exécutif ou de manière indirecte de députés téléguidés, ne peut que durcir la guerre sociétale.

L’initiative de Guillaume Chiche n’est pas une déclaration de guerre en tant que telle. Elle n’est que la continuité d’une logique portée par la loi Taubira sur laquelle La Manif pour tous n’a cessé d’alerter. Elle n’est que la continuité de la guerre sociétale, et parce que notre cause est juste nous ne déposerons jamais notre hostilité.

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Guillaume Tabard, « PMA : offensive macroniste contre prudence macronienne », Le Figaro, 17/07/2018.

Certains élus LaREM s’impatientent et veulent voir accélérer les débats sur la loi de bioéthique et les dispositions concernant la PMA.

La plaisanterie courait pendant la Coupe du monde: Macron allait profiter de ce que les Bleus captent l’attention de tous les Français pour faire voter en catimini la retraite à 85 ans et supprimer la Sécurité sociale. Canular bien sûr. Mais la volonté de certains élus macronistes d’en profiter pour pousser les feux sur la PMA n’en est pas un. C’est le matin même de la finale que le député LaREM Guillaume Chiche a annoncé le dépôt d’une proposition de loi, destinée à être adoptée «avant la fin 2018».

Simple coup de pub d’un député en mal d’existence ou ballon d’essai officiel? L’élu des Deux-Sèvres s’était il est vrai déjà singularisé en prônant la suppression du quotient familial ; le gouvernement l’avait alors remis à sa place. Et ce mardi, en réunion de groupe, Chiche s’est vu reprocher son initiative jugée trop personnelle. Mais personnelle ne veut pas dire isolée.

Dès le lendemain l’avis du Conseil d’État proposant un cadre juridique à l’extension de la PMA, deux personnalités, et non des moindres, avaient lancé l’offensive législative: le président de l’Assemblée nationale, François de Rugy, et le président du groupe LaREM à l’Assemblée, Richard Ferrand.

Depuis un mois, toutes les interventions issues de la majorité sur le sujet vont dans le même sens: exigence du calendrier le plus rapide possible, «sans tarder», a dit Ferrand ; passage par une proposition de loi, c’est-à-dire une initiative parlementaire plutôt qu’un projet de loi rédigé par le gouvernement ; enfin, une loi spécifique, sortie de la révision des lois de bioéthique. Lundi, une rencontre était prévue entre les ministres membres de La République en marcheet les instances de leur parti pour caler une stratégie ; rencontre finalement reportée en raison de la réception des Bleus à l’Élysée. Il y a donc bel et bien une offensive concertée des macronistes.

Débat de fond

Ce passage en force est pourtant contraire à la volonté d’apaisement exprimée par Emmanuel Macron. Le chef de l’État veut aller au bout du débat de fond? Certains de ses amis veulent le clore au plus vite. Il ne veut pas rééditer la séquence de la loi Taubira où ses opposants s’étaient, de son propre aveu, sentis «humiliés»? Guillaume Chiche traite déjà de «militants obscurantistes» ceux qui s’inquiètent de la «PMA pour toutes».

L’Élysée maintient que le choix n’est pas entre «tout interdire et tout permettre», l’avant-garde parlementaire ne veut entendre parler que d’un texte au contenu maximal (remboursement, double filiation…). Tout en étant personnellement favorable à une extension de la PMA, Emmanuel Macron fait un préalable de l’obtention d’un consensus le plus large possible ; certains macronistes sont bien déterminés à l’inverse à brandir un étendard sociétal leur permettant d’afficher un trophée idéologique.

Ce débat illustre aussi une coupure au sein de LaREM, les tenants d’une ligne plus à gauche pestant contre les penchants droitiers de la première année. Certains, notamment issus du PS, n’ont pas pardonné à Macron son discours aux Bernardins et sa visite au Vatican. Cette accélération vise à le lui rappeler. En avançant couverts par la bienheureuse diversion de la Coupe du monde, ils espèrent amener le gouvernement à un point de non-retour. En suscitant ainsi – et délibérément? – une logique contre-attaque des anti-PMA. Macron voudra-t-il et pourra-t-il empêcher le déclenchement d’une nouvelle guerre sociétale?

Guillaume Tabard

La mobilisation contre la PMA est possible

« La mobilisation » contre la PMA est « possible », estime Jean Leonetti (LR), L’Obs, 12/07/2018.

Jean LEONETTI

Paris (AFP) – Le vice-président des Républicains a Jean Leonetti dit jeudi son opposition à la procréation médicalement assistée (PMA) pour toutes, et estime que « la mobilisation est possible » sur ce sujet « risqué » pour le président de la République. Le Conseil d’État a proposé mercredi un cadre en cas d’ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules, sans pour autant se prononcer pour ou contre la réforme.

Le Conseil d’Etat « agit avec la prudence et le niveau d’expertise qui sont les siens », salue Jean Leonetti, qui a donné son nom à deux lois sur la fin de vie, dans un entretien à L’Opinion. « Pour ma part, je suis opposé à l’extension de la PMA aux couples de femmes car elle conduira à terme à la GPA (grossesse pour autrui, NDLR). D’ailleurs le Conseil d’Etat parle lui-même d’équité et de discrimination », remarque-t-il. « Sans porter de jugement moral, lorsqu’on a créé le PACS, on nous a expliqué que cela n’amènerait jamais au mariage pour tous. Quand celui-ci a été voté, il ne devait pas y avoir de conséquences sur la filiation. Nous voilà aujourd’hui à la PMA. Je ne vois donc pas pourquoi nous n’irions pas ensuite vers la GPA, malgré la position prise à ce sujet par le Conseil d’Etat et le gouvernement qui y sont opposés », détaille le responsable LR.

Il estime que sur ce sujet, « la mobilisation est possible », faisant valoir notamment que les débats organisés par le Comité consultatif national d’éthique ont montré « une forte résistance à cette idée ». « Emmanuel Macron avait dit qu’il fallait une société apaisée pour passer cette réforme, il ne l’aura pas ! », avertit M. Leonetti, en critiquant le fait qu’ « il a fait le choix de la faire passer quand même ». « On dit qu’un président de la République a besoin de marqueurs: la réforme sur la PMA peut en être un et lui permettre de montrer qu’il est un dirigeant libéral, progressiste et moderne. Mais les sujets de bioéthique ne se résument pas à un combat entre les jeunes et les anciens, les conservateurs et les progressistes ! », dit-il. « Je crois comprendre néanmoins que sa majorité est divisée sur le sujet. Passer par-dessus celle-ci et une partie de la population me paraît bien risqué », souligne-t-il.

Dans un entretien à Sud Radio jeudi, la députée de l’Hérault Emmanuelle Ménard (apparentée au FN) a estimé que « la PMA ne passera pas comme une lettre à la poste », car « les gens se mobiliseront ». « Les réseaux de La Manif pour tous sont encore très mobilisés », a-t-elle assuré. Elle a aussi indiqué qu’elle ne prendrait pas « la responsabilité d’autoriser la loi à ne pas donner à l’enfant le droit de connaître son père ».

Le président de l’Assemblée nationale François de Rugy a souhaité jeudi que les députés de la majorité déposent en 2018 une proposition de loi et qu’elle soit « adoptée rapidement ».

Jean-Louis Touraine parle comme La Manif pour tous

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On se souviendra de Jean-Louis Touraine, médecin, député LREM et adversaire forcené de La Manif pour tous à qui il reconnaît – sans s’en rendre compte? – que l’alerte lancée en 2012/2013 était… fondée. La Manif pour tous ne disait pas autre chose d’où son alerte lancée sur la dénaturation de la filiation biologique. Mais à cette époque, notre médecin devait, comme tant d’autres aliénés, instruire un vrai-faux procès en « homophobie »…

Vous avez dit consensus?

Bertrand Vergely, « Surprise aux Etats généraux de la bioéthique : la PMA se révèle beaucoup moins consensuelle que prévu », Atlantico, 06/06/2018.

Bertrand Vergely

Atlantico – Au vu du rapport sur la bioéthique, la PMA est loin de faire consensus. Pourtant l’intérêt qu’elle suscite a mobilisé un quart des 250 réunions organisées dans toute la France et près de la moitié des 65.000 contributions sur INTERNET. Comment expliquer cette absence de consensus, plutôt inattendue ? Que révèle-t-elle ?

Bertrand Vergely – Cette nouvelle est surprenante. Sauf erreur de ma part, lors d’un récent sondage publié par France Info il était question de 75% de Françaises et de Français favorables au mariage pour tous, de 63% d’entre eux favorables à la PMA pour les couples stériles,  les couples de femmes et les femmes seules, enfin  de 58% favorables à la GPA pour les couples d’hommes. Or, première nouvelle, en ce qui concerne la PMA voilà que les positions adverses s’équilibrent. Les partisans de la PMA ne flirtent plus avec la barre des 60%.

Un élément et non des moindres explique ce changement : le passage de la PMA dans le cadre du mariage pour tous à la PMA vue hors mariage pour tous. Quand le débat sur le mariage pour tous a eu lieu, le problème majeur était celui de la tolérance. Quand on était tolérant on était pour le mariage, la PMA et la GPA sans distinction, l’important alors étant d’être contre ceux qui étaient contre le mariage. De sorte, qu’au nom de la tolérance, on défendait tout, mariage, PMA GPA.

Aujourd’hui le décor a changé. La PMA qui était attelée au mariage pour tous est désormais pensée pour elle-même. Ce qui modifie tout. On était dans l’idéologie, le combat pour la tolérance. Maintenant il s’agit d’être dans la réalité. Or, qu’est-ce qui apparaît quand tel est le cas ? La froideur. Une froideur glaciale. Un enfant, cela implique un père et une mère qui font naître cet enfant dans la tendresse et l’amour. Deux femmes à l’origine d’une enfant, même s’il y a de l’amour, cela sent le père absent et la solitude. En guise de père un donneur anonyme, c’est violent. Dans un monde qui tend à la déshumanisation complète des relations humaines, c’est une déshumanisation de plus, là où il serait heureux qu’il y en ait une de moins.

Enfin, il y a le fait que l’enfant se fabrique non pas dans la couche nuptiale mais de façon chirurgicale à l’hôpital. Pas de père. L’hôpital. L’anonymat. « Pauvre gosse » se disent ceux et celles que ces images heurtent. Quel départ dans la vie! Les parents boivent. Les enfants trinquent. Le mariage pour tous est en train de passer du principe de plaisir au principe de réalité. Il était dans la stratosphère. Il retourne dans l’atmosphère.

C’est manifestement ce que révèle l’absence de consensus à propos de la PMA. Après le champagne de la victoire, le dégrisement. S’il y a la tolérance il y a la faisabilité de la tolérance. Quand les bonnes intentions sont confrontées à la réalité on passe toujours des bonnes intentions à l’enfer des bonnes intentions. Quand on veut la PMA il faut apprendre à gérer la froideur, l’absence de père, l’anonymat et l’hôpital en guise de nid d’amour. Pas simple. L’enfant n’est pas un droit mais une personne.

Les partisans de la PMA pour couples de même sexe ont tendance à l’oublier. Cet oubli choque. Si le législateur vote la PMA il sacrifiera l’enfant comme personne à l’enfant comme droit. Sourdement ce sacrifice commence à heurter les consciences. En outre l’idée de PMA commence à mettre mal à l’aise. Quand un homme et une femme ne peuvent pas voir d’enfant il s’agit là d’une stérilité. Quand deux hommes et deux femmes ne peuvent pas avoir d’enfant il s’agit l’à d’une impossibilité. Quand une femme seule désire avoir un enfant toute seule il s’agit là d’un fantasme.

La future loi sur la PMA propose de tout mettre dans le même sac sous prétexte d’égalité. Cela ne va pas. La stérilité, l’impossibilité et le fantasme ne relèvent pas du même ordre. En faisant comme si c’était le cas, on crée un malaise. Quand on n’est pas dans l’ivresse de la tolérance on ne peut que se sentir floué. Les partisans du mariage pour tous pensent que celui-ci n’a pas d’envers, la tolérance étant bonne en soi. La société découvre aujourd’hui cet envers à travers la froideur, la violence et le mensonge. D’où la baisse d’enthousiasme pour la PMA.

Bertrand Vergely est philosophe.