Macron, Chanoine du Latran (honoraire) ou « la messe est dite »!

Groupe Kiddy Smile

Le groupe Kiddy Smile lors de la fête de la musique (21 juin 2018) à l’Elysée. À l’occasion, le groupe électro s’est défini comme « fils d’immigrés, noirs et pédés »…

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Myriam Encaoua et Hervé Vernet, « Comment Emmanuel Macron drague l’électorat catholique… », Le Parisien, 23/06/2018.

Le président de la République doit rencontrer mardi le pape François lors d’une visite officielle au Vatican. Un rendez-vous hautement symbolique qui intervient après qu’il a déclaré vouloir «réparer le lien abîmé entre l’Eglise et l’Etat».

Ce sera le point d’orgue d’une stratégie de reconquête des catholiques de France. Mardi 26 juin, chaque geste, chaque mot échangé entre le pape François et le président Emmanuel Macron, sous les ors et le pourpre du Vatican, seront scrutés par ces citoyens croyants, fâchés avec la gauche de Hollande, déçus par la droite de Fillon, et encore dans le doute vis-à-vis de l’actuel chef de l’Etat.

Pourquoi ce rendez-vous hautement symbolique avec le chef de l’Eglise revêt-il un tel enjeu ? Parce que l’Elysée a beau jurer que les catholiques, traditionnellement acquis à la droite (46% des pratiquants ont voté Fillon au premier tour de la présidentielle), ne sont en rien considérés comme « une part de marché électorale à capter », ils restent un cœur à prendre.

« Dans son grand projet d’élargir sa majorité en fracturant la droite, arracher les catholiques modérés, juppéistes et pro-européens à l’emprise des Républicains de Laurent Wauquiez est clairement un objectif stratégique du président », décrypte le politologue Jérôme Fourquet (1). Un proche du président, chargé d’œuvrer en coulisses au rapprochement avec la sphère « catho », confirme : « Wauquiez est en pleine dérive. Même s’il faisait un pèlerinage Paris-Lourdes à genoux, ça ne prendrait plus, les catholiques ne sont plus dupes ! »

« Ne vous éloignez pas de la République… »

Avant la grande scène du Saint-Siège et de la remise du titre de chanoine de Latran, l’acte 1 de la reconquête fut, le 9 avril dernier, le discours des Bernardins. « Un président de la République prétendant se désintéresser de l’Eglise et des catholiques manquerait à son devoir », lança Macron aux évêques de France rassemblés sous les voûtes du collège cistercien des Bernardins. Ce soir-là, il multiplie les signes conciliants à cette communauté. Souhaitant « réparer le lien abîmé entre l’Eglise et l’Etat », appelant les catholiques « à s’engager politiquement », leur tendant la main – « j’ai besoin de vous », leur dit-il en substance -, allant jusqu’à utiliser leur propre langage – « l’enfant à naître » pour désigner le fœtus – pour bien montrer qu’il les « entend ». Sans forcément adhérer à leurs attentes.

« On redonne aux catholiques une place et une écoute qu’on leur avait retirées, justifie un conseiller élyséen. On leur dit : Ne vous éloignez pas de la République… mais on ne prend pas leur discours pour un commandement. » Au sommet de l’Etat, on craint en effet une dérive des catholiques vers l’abstention après le conflit sur le mariage pour tous et la défaite de Fillon. « Le risque existe de voir des parties minoritaires de la société se retirer, faire sécession en se détournant de la République, s’alarme-t-on dans l’entourage du président. Voyez la multiplication des écoles hors contrats. »

Fin tacticien

Derrière le dialogue renoué aux Bernardins, il y a donc un agenda politique. D’autant plus sensible que le chef de l’Etat entend faire passer l’extension de la PMA (procréation médicalement assistée) aux couples de lesbiennes et aux femmes célibataires. Une promesse de campagne… et un signal à la gauche progressiste au moment où le quinquennat est taxé de dérive droitière. En fin tacticien, Macron s’était bien gardé de lancer tout de go cette réforme, préférant temporiser et installer un débat – les états généraux de la bioéthique – de plusieurs mois qui vient de s’achever. Démarche saluée par les religieux. « Il a choisi d’y mettre les formes, pour ne pas humilier des catholiques qui s’étaient sentis brutalisés par le trio revanchard Hollande-Taubira-Valls avec le mariage pour tous », analyse Jérôme Fourquet, directeur de l’opinion à l’institut de sondages Ifop. Par cette manœuvre, il espère cantonner l’opposition à la PMA, quand le texte sera discuté à l’automne à l’Assemblée, aux franges les plus dures des cathos : militants de La Manif pour touset autres Civitas.

La tactique sera-t-elle payante ? Pas si sûr, à entendre le porte-parole des évêques de France, Mgr Ribadeau-Dumas, qui rappelle l’hostilité de l’Eglise à la PMA. « Si dans trois mois une telle loi est votée, Macron pourrait laisser auprès de cette communauté un sentiment de duplicité », reprend Fourquet. Le rabibochage risquerait d’être de courte durée. A moins que des compromis ne soient trouvés sur ce fameux projet de loi sur la bioéthique.

Exemple, pour « compenser » la PMA, LREM devrait renoncer à rouvrir le débat sur la fin de vie, pourtant cher à une grande partie des députés Marcheurs. Manière habile d’apaiser les catholiques? « La PMA permet de donner la vie, l’euthanasie d’accompagner la mort. Un moyen de favoriser la vie vaut toujours mieux que d’encourager le suicide assisté », décrypte un familier de l’Elysée habitué à prendre le pouls des catholiques du pays. Avec ces derniers, Emmanuel Macron entend construire une histoire durable.

(1) Auteur de « A la droite de Dieu », Ed. du Cerf, 2018.

En Marche vers quoi?

LREM

  • « Idiot utile » (« useful idiot ») est une expression communément attribuée à Lénine (à vérifier). Elle désigne des personnes qui servent de fait, bien involontairement, des desseins qui leur échappent et qui contredisent leurs aspirations profondes.

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Loup Besmond de Senneville, « Euthanasie, PMA : pas d’unanimité parmi les députés LREM », La Croix, 05/06/2018.

Une écrasante majorité de députés LREM est favorable à la légalisation de l’euthanasie et à l’élargissement de la PMA. Mais depuis quelques semaines, quelques voix discordantes se font entendre. Que pensent les députés LREM de la bioéthique ? Quelle attitude adopteront les 311 élus sur le projet de révision des lois que le gouvernement devrait déposer fin octobre ? Voteront-ils comme un seul homme ou se montreront-ils plus partagés ? Une certitude : aucune consigne de vote ne sera donnée. Dans la liste de dix textes que ces députés se sont engagés à voter lors de leur investiture, il n’était en effet nullement fait mention des lois de bioéthique.

Pour la PMA et l’euthanasie

D’abord, force est de constater que dans le groupe de la majorité, peu de parlementaires sont au fait de ces questions. Seule une poignée s’y est vraiment investie. Néanmoins, une tendance forte se dessine : au fil des tribunes publiées ces dernières semaines dans la presse, les élus LREM sont apparus très majoritairement favorables à la légalisation de l’euthanasie et à l’extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules.

Une tribune publiée fin février dans Le Monde par Jean-Louis Touraine et cosignée par 155 élus (dont 125 membres du groupe LREM) a ainsi appelé à la légalisation d’une « aide active à mourir ». Concernant la PMA, 47 élus partisans de son élargissement se sont manifestés la semaine dernière en publiant dans Libération un texte écrit par le député Guillaume Chiche qui rappelle au président de la République son engagement en la matière et défend une « réforme synonyme de progrès social et d’égalité ».

Chez LREM, entre débat et consensus

Mais ces derniers temps, quelques voix discordantes ont commencé à s’élever. Parmi elles, celles des députées Agnès Thill, Anne Blanc, Barbara Bessot ou encore Jean-François Cesarini, signataires d’un texte publié mi-mars dans Le Monde, dans lequel ils s’opposent franchement à toute évolution de la loi sur la fin de vie. Certains d’entre eux ont même commencé à se retrouver régulièrement de manière informelle. « Nous sommes plusieurs qui ne partageons pas les convictions d’autres députés en faveur de l’euthanasie à réfléchir sur la fin de vie », explique Marie Tamarelle-Verhaeghe.

Si un « espace de débat » existe bien au sein de LREM entre partisans et opposants de l’euthanasie, il n’en va pas de même pour les sujets liés à la procréation. « Je suis persuadée qu’une grande majorité de mes collègues sont pour la PMA pour toutes », affirme Laurence Vancenebrock-Mialon, l’une des élues les plus en pointe du groupe sur le sujet. « Il y en a peut-être quelques-uns qui, au fond d’eux, ont des questionnements ou des incertitudes. Mais je n’ai jamais entendu un collègue faire état de ses doutes sur la question ni indiquer qu’il voterait contre ou s’abstiendrait. »

Pourtant, là encore, certains reconnaissent qu’ils s’interrogent. C’est le cas de Marie Tamarelle-Verhaeghe, l’élue normande. « Je suis vraiment en cours de réflexion. S’il fallait voter aujourd’hui, je ne serais pas pour, mais cela peut encore évoluer, précise-t-elle. Parfois, j’ai l’impression qu’on joue un peu au magicien avec quelque chose que l’on n’est pas encore en capacité de mesurer : certains enfants s’en débrouilleront bien mais pour d’autres, ce sera un sacré fardeau. »

Une promesse de campagne floue

Contrairement à l’euthanasie ou au suicide assisté, l’extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules fait partie du programme présidentiel. « Depuis le début, le positionnement d’Emmanuel Macron est clair : extension de la PMA et opposition à la GPA », expose Aude Bono-Vandorme. La députée de l’Aisne, opposée à l’évolution de la loi sur la fin de vie, n’entend pas, en revanche, s’opposer à l’extension de la PMA. « Ma limite, c’est la marchandisation du corps des femmes, et donc il est important pour moi que le président soit opposé à la GPA. En revanche pour la PMA, il existe certains cas, comme ceux de toutes ces femmes qui partent en Espagne pour être inséminées, qui justifient une nouvelle loi. »

« Ceux qui viennent de la droite du PS sont favorables à tout, à condition qu’il n’y ait pas de marchandisation, résume une source interne au groupe. Ceux qui viennent de l’UDI sont contre tout, mais avec une dose possible d’accommodements raisonnables. Les autres iront là où on leur dit d’aller. Honnêtement, cela m’étonnerait qu’il y en ait plus de 100 qui aient une opinion sur le sujet. »

Loup Besmond de Senneville

EGB: le bilan

Conférence bilan EGB

L’Espace de Réflexion Ethique (ERE) de Poitiers organise le jeudi 28 juin 2018 une rencontre qui fera le bilan des débats sur les questions abordées par les États Généraux de la Bioéthique (EGB), notamment celles portant sur la PMA sans père et la GPA. Le public est invité à se prononcer sur les synthèses qui ont été depuis faites, ainsi que sur leur couverture médiatique.

Le point de vue des médecins

Loup Besmond de Senneville, « Extension de la PMA, les médecins plus réticents que l’ensemble des Français », La Croix, 24/05/2018.

Médecin

Près de la moitié des médecins sont opposés à l’extension de la PMA aux couples femmes et aux femmes seules, selon un sondage Exafield(1) publié le 24 mai par le Quotidien du Médecin. Ainsi, 45% des médecins sont opposés à l’accès de la PMA aux couples de femme, contre 44% qui y sont favorables (11% ne se prononcent pas). Ils sont 48% à s’opposer à l’extension de la PMA aux femmes seules (41% sont pour, 11% ne se prononcent pas).

Ces chiffres diffèrent sensiblement de ceux issus d’enquêtes sondant l’ensemble des Français. En janvier, un sondage IFOP (sondage effectué auprès d’un échantillon de 1010 personnes représentatif de la population française pour La Croixet le Forum européen de bioéthique) indiquait ainsi que 60% des sondés étaient favorables à l’accès à la PMA par les couples de femmes et 57 % par les femmes seules.

Une législation « équilibrée »

Dans l’ensemble, 65% des médecins estiment que la législation française actuelle en matière de bioéthique est « équilibrée », tandis que 27% la jugent « trop restrictive ». Une petite minorité, 7%, la juge au contraire « trop permissive ». Autre question posée aux médecins sondés par Exafield : leur approbation, ou non, de la gestation pour autrui : 60% y sont opposés, 29% favorables et 11% ne se prononcent pas.

Enfin, alors que les Français ne sont que 11% à s’opposer à la légalisation du suicide assisté et/à l’euthanasie, ils sont 32% des médecins sondés à être dans ce cas : 6% sont favorables à la légalisation du suicide assisté, 27% à l’euthanasie, 29% à l’ouverture des deux possibilités.

Loup Besmond de Senneville