Mobilisation nationale anti-PMA

« MARCHONS ENFANTS! »
MOBILISATION UNITAIRE

MANIFESTATION NATIONALE DIMANCHE 6 OCTOBRE 2019

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« Une seule solution : la manifestation ! » Le « nouveau monde » d’Emmanuel Macron n’aura pas fait long feu pour remettre ce vieux slogan au goût du jour. Refusant toute forme de dialogue et restant sourd, pour ne pas dire méprisant, au dissensus clair qui s’exprime dans la société à propos de la PMA sans père et de la GPA, l’exécutif a décidé de passer en force en présentant ce matin un projet de loi en conseil des ministres. « Il ne s’agit pas d’un projet de loi de bioéthique mais d’un projet de loi de société » a souligné Albéric Dumont, Vice-président de La Manif Pour Tous, lors d’une conférence de presse unitaire rassemblant une vingtaine d’associations qui appellent toutes à une grande de journée de mobilisation nationale à Paris le dimanche 6 octobre prochain.

 Une immense majorité de Français opposés au projet de loi

La Manif Pour Tous dénonce le mépris du Président de la République et de sa majorité qui n’ont pas daigné prendre connaissance des conclusions des Etats généraux de la bioéthique, piétinant ainsi les engagements du candidat Emmanuel Macron en 2017. Ce dernier s’était seulement déclaré favorable « à titre personnel » à une évolution des conditions d’accès à la PMA à la condition expresse que « le débat [soit] favorable ». Or le Président du CCNE (Comité Consultatif National d’Ethique) a souligné lui-même l’absence de consensus sur cette question à l’issue des Etats généraux de la bioéthique (1), lesquels ont même montré le soutien massif des participants à un statu quo sur l’encadrement de la PMA. Pour La Manif Pour Tous, il est injuste de vouloir autoriser la fabrication d’enfants volontairement privés de père. C’est ce que pense aussi une immense majorité de Français puisque selon une enquête IFOP de juin 2019, 83% des Français estiment que les enfants nés par PMA ont le droit d’avoir un père et une mère. C’est le cœur du sujet. « Parler de création de droit pour être plus séduisant en occultant délibérément les conséquences pour les enfants est un procédé odieux et révoltant : on ne triche pas avec la démocratie ! » s’indigne Albéric Dumont.

 L’humain n’a pas de prix !

Le projet de loi « de société » contient de nombreuses menaces pour l’avenir de la famille et de la société. L’autoconservation des ovocytes n’est ni plus ni moins qu’une soumission au capitalisme ultra-libéral qui ne juge la dignité d’une personne qu’à sa valeur économique. « Dis-moi combien tu vaux, je te dirai qui tu es… et aussi quand tu auras le droit d’avoir un enfant » : est-ce ce monde-là que nous voulons pour demain ? Est-ce une vision exclusivement mercantile de l’humain que nous voulons transmettre à nos enfants et petits-enfants ? Jusqu’où allons-nous aller dans la déshumanisation ? « Tout ce qui fragilise le tissu familial fragilise toute la société. La famille est la base humaine de toute société : premier lieu de solidarité et refuge pour les plus vulnérable, elle est à juste titre plébiscitée par les Français, en particulier en période de crise » rappelle Ludovine de La Rochère, Présidente de La Manif Pour Tous. Le projet de loi « de société » n’échappera pas au débat sur la GPA. Le droit à l’enfant par la PMA sans père aura du mal à résister à la voie de la GPA.

 Un projet de loi politicien

« Le gouvernement aurait pu choisir de rassembler. Il a fait le choix inverse. Il a fait le choix de ne pas écarter d’emblée la question de la procréation médicale assistée, dont il est manifeste qu’elle conduira, un jour, pas demain, mais un jour prochain, à la gestation pour autrui. Il a fait le choix de produire, au moment où s’engageait le débat sur le mariage, une circulaire qui, sans légaliser la gestation pour autrui, indique clairement à ceux qui souhaitent s’engager dans cette pratique proscrite en France que les enfants qui en seront issus pourront se voir accorder la nationalité française, reconnaissant ainsi implicitement mais nécessairement un lien de filiation avec le père. Le gouvernement a choisi de cliver par calcul politique. Pour se donner, à peu de frais, l’impression de rejouer de vraies réformes de fond : l’abolition de la peine de mort sous Mitterrand ou la légalisation de l’IVG sous Giscard d’Estaing. Nous déplorons ce désir du clivage. » Ces mots d’Edouard Philippe dans une tribune co-signée avec Nathalie Kosciusko-Morizet en 2013, n’ont pas pris une ride. Mais son auteur a lui aussi quitté le « nouveau monde » pour faire le choix déraisonnable de la politique de la girouette. La France mérite mieux. Aussi, quel crédit accorder au Premier Ministre et à tous les membres de sa majorité qui jurent aujourd’hui, la main sur le cœur dans un décorum de série B, que jamais, au grand jamais, la GPA ne sera légalisée en France.

Pour l’abolition universelle de la GPA

La GPA est une pratique indigne et intolérable. Cet asservissement de la femme est une nouvelle forme d’esclavage. La marchandisation de l’enfant, réduit à l’état d’objet, est une honte. Envisager, comme le veulent des députés LREM, de transcrire systématiquement à l’état civil français les actes de naissance des enfants nés d’une GPA à l’étranger, c’est légaliser de fait la GPA en l’autorisant à l’étranger. C’est encourager un business sordide. L’ambition de la France, patrie des Droits de l’Homme, c’est de dire non à toutes formes de GPA, non seulement en France mais partout dans le monde. « La dignité des femmes et des enfants n’a pas de frontière. Ce qui est intolérable en France l’est aussi aux quatre coins du monde. Nous devons avoir pour ambition collective l’abolition universelle de la GPA » précise Ludovine de La Rochère.

 Toute ces revendications au service de l’humain, de la famille et des droits de l’enfant seront au cœur de la manifestation du dimanche 6 octobre à Paris : « Marchons enfants ! » La Manif Pour Tous sera acteur de cette journée de mobilisation nationale et unitaire et ses équipes sont d’ores et déjà au travail.

(1) « Il n’y a pas de consensus sur la procréation médicalement assistée », Pr. Delfraissy, Le Monde, 5 juin 2018.

Cognac

Matthieu Baumier

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Alexandre Devecchio, « L’idéologie libérale-libertaire est le dernier avatar de la religion du progrès », Le Figaro, 25 janvier 2019.

Avec «Voyage au bout des ruines libérales-libertaires», l’écrivain Matthieu Baumier analyse les raisons idéologiques des maux de l’époque. Il voit dans le libéralisme économique et le primat du désir individuel les deux faces, gauche et droite, d’une même idéologie vouée selon lui à l’échec. Matthieu Baumier est écrivain et essayiste, et collabore régulièrement à plusieurs revues. Il a notamment publiéLa démocratie totalitaire. Penser la modernité post-démocratique (Presses de la Renaissance/Plon, 2007). Voyage au bout des ruines libérales libertaires (Pierre-Guillaume de Roux éditeur) vient de paraître.

Figarovox – Votre livre s’intitule «Voyage au bout des ruines libérales-libertaires». Comment définissez-vous l’idéologie «libérale-libertaire»?

Matthieu Baumier – Le terme «idéologie» peut désigner un ensemble d’idées plus ou moins organisées ou acceptées, susceptibles d’orienter les comportements des individus. Si l’on s’en tient à cette définition, l’idéologie libérale-libertaire est à l’évidence l’idéologie de notre temps, celle qui structure notre société. Pour Jean-Claude Michéa, c’est la rencontre entre la pensée économique libérale et ce qu’il nomme la pensée libertaire, en référence au primat du désir individuel qui s’est imposé. L’analyse me semble juste. Ce primat de l’individu est le point commun entre le social-libéralisme, ce que nous appelons habituellement la «gauche», et le libéralisme-social, ce que nous appelons en général la «droite». Pour moi, ce sont les deux faces d’une même idéologie. Il n’y a pas de différence fondamentale entre ces prétendues droite et gauche. Les promoteurs de l’idéologie libérale-libertaire exercent le pouvoir depuis 40 ans, en rejetant aux extrêmes qui pense autrement qu’eux. 2017 n’est pas la victoire d’une nouvelle manière de faire de la politique mais la poursuite du même pouvoir idéologique libéral-libertaire par d’autres moyens. Cette idéologie est de de mon point de vue encore plus ample: c’est une véritable foi en l’illimité et la certitude qu’il n’y aurait qu’un chemin unique. Elle est ainsi le dernier avatar de la religion du Progrès. Je parle évidemment du progrès en tant qu’idéologie, selon laquelle nous marcherions vers un monde meilleur sous réserve de prendre avec volontarisme le chemin en main, ou en marche, et non des progrès que connaît toute société.

  • Cette idéologie a-t-elle paradoxalement dévoyé l’idéal de liberté, au point de présenter une dérive totalitaire?

Plutôt totalisante: c’est la pensée dominante dans le monde politique, intellectuel, culturel et médiatique. L’idéal de liberté du libéralisme est en effet dévoyé, un peu comme si les idées libérales étaient devenues folles. Comme toute idée politique, le libéralisme est multiforme, il peut tendre vers différents devenirs. Une forme de libéralisme s’est radicalisée pour devenir oligarchique.Une minorité d’individus, à l’échelle planétaire, ayant tous la même vision du monde, détient l’essentiel des rênes du pouvoir et œuvre à instituer ce mode de fonctionnement à l’échelle globale, en s’appuyant sur l’industrie du bonheur, sur «l’happycratie». Ce modèle libéral-oligarchique est producteur de ruines, en général, et de sa propre ruine en particulier. La folie de la répartition des richesses et du pouvoir en un nombre toujours plus restreint d’individus confine à la maladie mentale: comment amasser toujours plus dans un monde dont les ressources sont naturellement limitées?

  • Dans votre introduction, vous rendez hommage à Guy Debord, Martin Heidegger, Jean Baudrillard et Georges Bernanos. Que représente chacun de ces penseurs pour vous? En quoi nous aident-ils à comprendre notre époque?

Il me semble intéressant de nourrir son propre travail intellectuel par la mise en confrontation, et donc la lecture, voir la méditation, des conceptions du monde de penseurs très divers. Debord, Heidegger, Baudrillard et Bernanos ont cependant un point commun: leurs œuvres pensent en avance, et parfois annoncent, le monde dans lequel nous sommes entrés. Chacun d’eux montre, à sa manière, comment une image virtuelle du monde s’impose à nous, prétendant être la réalité, et le rôle que joue la technoscience dans ce processus. Simulacre, robots, arraisonnement, spectacle… Peu importe le concept, ces quatre penseurs ont pensé ce qui advient maintenant: une déréalisation du réel quotidien.

  • Les ruines libérales-libertaires, ce sont notamment les banlieues françaises désintégrées. Vous avez grandi à Bagneux, dans la ceinture rouge de Paris. Comment en est-on arrivé à la sécession de ces quartiers?

Dans mon essai, j’appuie l’analyse intellectuelle de ce que nous vivons par des récits d’événements tirés de l’actualité quotidienne. C’est un moyen de montrer comment une idéologie se traduit concrètement dans nos existences. De la banlieue de mon enfance, j’ai le souvenir d’un espace encadré, par le Parti communiste évidemment. Mais aussi, et je ne suis pas le seul, d’un espace où nous vivions réellement ensemble, contrairement à l’illusion actuelle du «vivre ensemble». Ce qui a changé? La sécession des banlieues a de nombreuses causes. La perte de l’autorité, et même la négation que l’autorité est une nécessité. Que penser de familles où une mère n’a pas autorité sur son adolescent parce qu’il est un garçon? La massification de l’immigration. Que penser du fait que 40% des jeunes issus de l’immigration sont chômeurs ou du fait que 14% des femmes accouchant dans le 93 sont excisées? Le développement de l’Islam et sa prétention à contester l’habitus originel, et la collaboration d’une partie des «élites» politiques, culturelles et médiatiques qui ont favorisé le désamour voir la détestation de la France sur fond de repentance historique généralisée. La mainmise de l’industrie du désir et de l’objet technique sur nos vies quotidiennes. La transformation de certains mots en gros mots, «identité», «droite», «instruction», «autorité», «policier», «professeur», «catholicisme»…

  • Vous consacrez un chapitre à la figure de Mehdi Meklat, chroniqueur du Bondy Blog et idole de France Inter, dont on a découvert des centaines de tweets racistes, antisémites, homophobes… Comment expliquez-vous que ce «jeune» issu de banlieue a été longtemps le chouchou des médias libéraux-libertaires?

La personnalité de ce monsieur remplissait toutes les cases de la bien-pensance contemporaine. Il s’agit du prototype, presque caricatural, du bon client pour les membres des «élites mondialisées» qui exercent le pouvoir idéologique. Une figure qui, mise en avant, médiatisée, permet de masquer le réel. Voilà que ce dernier, le réel qui peuple l’imaginaire d’une partie des «jeunes» des actuelles banlieues, revient d’un coup au galop! Et ce réel a une casquette brune.

  • Vous consacrez plusieurs pages à la post-démocratie. Que signifie ce concept?

La post-démocratie, c’est ce moment plus ou moins démocratique que nous vivons. En publiant La démocratie totalitaire en 2007, j’affirmais que nous sommes dans un moment post-démocratique qui garde les apparences de la démocratie représentative et libérale, mais où la démocratie n’est plus que l’image d’elle-même. Nous vivons dans une image d’un monde que nous pensons être encore le vrai monde. Nous sommes sortis du réel, au profit d’une réalité imaginaire et divertissante, que l’on pense à la dernière fête de la musique à l’Élysée, ou au grand débat, lequel réel ne peut donc que nous revenir dans la figure. Comment une telle tension entre le réel des vraies gens et la fausse réalité instituée ne générerait-elle pas violences et soubresauts? La post-démocratie est une violence faite aux peuples en bien des domaines, tant en ce qui concerne le Politique que le Sacré où l’Humain, et elle se traduit dans la volonté de transformer la réalité de l’être humain.

  • Le mouvement des «gilets jaunes» est-il une réaction à cette impasse démocratique?

En son début, le mouvement des «gilets jaunes» a eu certaines caractéristiques d’un mouvement populiste: la spontanéité, la demande de démocratie directe, la multiplicité des revendications très concrètes. C’est aussi un mouvement populaire, une jacquerie au fond, contre les «élites mondialisées». Quand la démocratie n’est plus que l’ombre d’elle-même, mise sous tutelle, que l’on pense à la frayeur qui saisit toute personnalité politique libérale-libertaire à la simple évocation du mot référendum, alors cela ne peut que générer des éruptions populaires. Le pouvoir dominant considère le peuple comme un groupe d’enfants auquel il suffirait d’indiquer ce qui va être fait. Manque de chance, c’est un peuple, charnellement enraciné! Ce mouvement est plus qu’une réaction: c’est un symptôme montrant que la démocratie libérale est malade. Les réactions par contre avaient déjà eu lieu avant, lors du référendum de 2005, de La Manif Pour Tousou encore de plusieurs mouvements sociaux récents.

  • Que répondez-vous à ceux qui voient dans la montée des populismes un danger pour la démocratie?

Qui voit un danger dans l’éveil des peuples? Sinon ceux qui ont un intérêt clair à ce que les peuples ne s’éveillent pas! Comment reconstruire sur les ruines libérales-libertaires?  Aucun monde réel n’est sans limites, c’est pourquoi le concept qui doit être pensé est celui de la Limite, à toutes les échelles. Vous me permettrez d’en profiter pour rendre hommage à la revue d’écologie intégrale, Limite. Au fond, il n’est de monde que limité, borné, au sens où les romains l’entendaient, eux qui fixaient dans la géographie un limes séparant leur monde, la civilisation, de celui des autres, la barbarie. D’au-delà de la Limite venait la barbarie. Il en va de même aujourd’hui: si nous ne sacralisons pas de nouveau un certain nombre de choses, en particulier ce qui touche au vivant, aux racines, à l’éducation ou à la souveraineté, non pas au sens religieux du sacré mais à celui de ce qui est plus important que chacun de nous, de ce qui a la primauté sur nos individualités, alors la Limite, et par suite toutes les limites, sont vite franchies. Au-delà, c’est la barbarie. Limite ou barbarie, en somme. C’est précisément ce que nous vivons. Face à ce moment, la question qui doit être posée est celle de ce que nous voulons conserver, non pas en un sens passéiste. Au sens d’un futur en héritage, de ce que nous voulons retrouver afin de le transmettre. La situation de violence que connaît la France, unique à l’échelle des pays riches, tient à mon avis, en grande partie, à l’absence d’un véritable courant conservateur dans le paysage politique. La table rase permanente et le mouvement perpétuel ne bâtissent rien de charnellement ancré.

Alexandre Devecchio

Quand La Manif pour tous avait (encore) raison…

« Les bébés OGM chinois secouent la communauté scientifique », France Inter, 27/11/2018

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Alors que s’est ouvert ce matin à Hong Kong le second sommet international sur la modification du génome humain, une nouvelle monopolise tous les débats : l’annonce, lundi, de la naissance de jumelles à Shenzen, après une modification de leurs génomes. De quoi surprendre et surtout choquer la communauté scientifique.

La nouvelle a secoué le monde scientifique. Lundi 26 novembre le chercheur He Jiankui a affirmé, via une vidéo mise en ligne, avoir manipulé l’ADN de deux embryons vivants. « Des jumelles », précise ce chercheur responsable d’une équipe à l’université de sciences et de technologies, à Shenzhen, la Silicon Valley chinoise, dans le sud du pays.

Mr He a indiqué à l’agence de presse américaine AP avoir utilisé la technique Crispr-Cas9, dite des « ciseaux moléculaires », qui permet d’enlever et remplacer des parties du génome. Par ce biais, les manipulations ont été pratiquées sur les embryons de sept couples dont tous les hommes étaient séropositifs, et les femmes séronégatives. Une seule grossesse est arrivée à terme. L’objectif : supprimer le gène CCR5 pour rendre le bébé résistant au virus du SIDA. Le chercheur a refusé de donner l’identité des parents des bébés, le nom de la ville où ils vivent, et l’endroit où la manipulation génétique a été effectuée.

S’il prétend avoir aidé à une première mondiale, pour le moment aucune information ne permet de confirmer cette nouvelle qu’il faut appréhender avec prudence. Aucune revue scientifique de référence n’a publié l’expérience et les résultats n’ont été validés par aucun expert indépendant.

Une expérience « inconsciente » qui sidère les scientifiques

Les scientifiques du monde entier, réunis à Hong-Kong pour le deuxième sommet international sur la modification du génome humain condamnent, si elle devait être confirmée, une expérience « inconsciente qui les sidère ». Néanmoins et sans surprise, cette nouvelle a dominé les débats… Si tout le monde reconnaît ici que le docteur chinois He Jiankui a plutôt réussi son « coup de pub », la communauté scientifique souligne d’abord que les procédures requises pour encadrer ce genre d’expérience n’ont pas été respectées. Ce bond en avant, si il est confirmé, a fait fi de toutes les questions d’éthique que se pose la communauté scientifique.

Le professeur Hervé Chneiweiss, directeur du centre de recherches en neuro-sciences à la Sorbonne et Président du comité Ethique de l’INSERM décrit sa réaction à cette annonce : « La surprise d’abord, parce que juste à la veille d’un sommet comme celui-là… Ensuite, une réaction critique à tous points de vue. D’abord, les technologies ne sont pas mûres pour une application clinique. Beaucoup d’inconnues subsistent… La deuxième raison d’être critique, c’est que cette modification génétique a été réalisée non pas pour soigner une maladie, mais pour une amélioration de espèce… » Les représentants des instances scientifiques chinois se sont offusqués de cette annonce allant jusqu’à la qualifier de fraude. Le professeur He Jiankui, qui revendique cette première doit prendre la parole mercredi matin.

  • Par Dominique André, Florence De Changy, Valentin Riglet-Brucy

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Ce sticker de La Manif pour tous lui avait valu  (début 2018) de violentes attaques de Marlène Schiappa et du lobby LGBT, ainsi que des accusations en fascisme et « homophobie » supposés

Et après?

PMA : «La question anthropologique , écartée du sujet, s’imposera lors des cas pratiques », Le Figaro, 02/11/2018.

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En raison de la rareté des donneurs de gamètes, l’autorisation de la PMA pour les femmes seules et les couples de femmes va conduire à des choix cornéliens et il faudra bien prendre parti, explique Jean-Éric Schoettl, ancien secrétaire général du Conseil constitutionnel.

Comme l’expose le Pr René Frydman au lendemain de la publication de l’avis du Comité consultatif national d’éthique sur l’accès des couples de femmes et des femmes seules à la procréation médicalement assistée (PMA), l’accord sur le principe – en l’espèce sur l’ouverture de la PMA – ne dispense pas d’une réflexion sur les modalités. Or, en pareille matière, nous dit le grand obstétricien, auquel nous devons le premier bébé français conçu in vitro, les modalités médicales, techniques, juridiques, sociologiques ou matérielles sont trop prégnantes pour négliger l’adage selon lequel «le diable se cache dans les détails».

On pourrait ajouter que, dans ce domaine comme dans d’autres – tous ceux, à vrai dire, qui se trouvent à la rencontre d’aspirations individuelles, de limitations naturelles et de politiques publiques -, la question des modalités rétroagit souvent sur celle des principes. Il en est ainsi lorsque la phase de mise en œuvre, soulevant elle-même des problèmes qualitatifs en raison des faits sur lesquels elle bute, conduit à reformuler lesdits principes.

Sympathie pour la souffrance née de l’absence d’enfant

En l’espèce, le principe de l’ouverture, sans être (loin de là, comme l’ont montré les états généraux de la bioéthique) unanimement admis, semble acceptable à une majorité de l’opinion, majorité dont on ne peut mesurer, en l’état, la consistance réelle. Celle-ci, sans y voir un sujet prioritaire, tant s’en faut, se rallierait à l’idée d’accès de toutes à la PMA non au nom de «la justice», mais par sympathie pour la souffrance née de l’absence d’enfant. Ce ralliement semble reposer sur l’idée d’extension admissible, que l’on pourrait ainsi résumer: certes, l’intérêt de l’enfant doit prévaloir sur le désir d’enfant, lequel ne peut fonder un droit à l’enfant ; cependant, compte tenu de l’état de la société, et sans perdre de vue l’intérêt de l’enfant, il n’y pas de raison de frustrer le désir de maternité des couples de femmes et des femmes seules ; en effet, l’expérience – celles des mères célibataires et des couples de femmes qui se sont «arrangées» pour avoir des enfants par les moyens naturels – montre qu’elles peuvent faire d’excellentes éducatrices.

Seulement voilà: il s’agit ici non de laisser chacun s’«arranger» avec les moyens naturels, ce qui relève de la liberté personnelle et de la vie privée, mais d’étendre à une population nouvelle un dispositif national lourd, à la fois médical, légal et administratif: la PMA, confiée aux Centres d’études et de conservation des œufs et du sperme humains (CECOS). Il s’agit non plus seulement pour ces centres de traiter l’infécondité des couples ayant une vocation naturelle à procréer, ce qui relève de la réparation médicale, mais de permettre la procréation là où la nature la rendait impossible. L’ingénierie procréative se met alors au service d’une nouvelle frontière sociétale.

Une fois admis le principe d’une telle extension, il faut le confronter à la réalité du dispositif. Cette réalité est celle d’une technique médicale sophistiquée, qui est tout sauf performante (puisqu’elle échoue quatre fois sur cinq), présente un coût pour la collectivité (surtout si l’insémination est remboursée dans tous les cas par la Sécurité sociale) et… consomme une ressource rare. Les donneurs de gamètes – du moins ceux qui offrent leur semence dans le cadre légal, lequel leur impose effacement et désintéressement – ne sont en effet pas légion et l’accroissement de la demande accentuera cette rareté.

Comment desserrer la pénurie?

Lever l’anonymat des donneurs à la demande ou avec le consentement de ceux-ci? Ce serait susciter chez eux de singulières motivations, hypothéquer le projet parental et détourner du système légal français les demandeurs. Quant à permettre des recherches de paternité biologique sans l’accord des donneurs, ce serait faire fuir ceux-ci. Stimuler l’offre de gamètes en la rétribuant? Ce serait déroger au principe de non-marchandisation du corps humain et de ses produits, qui est sans doute la plus consensuelle des règles bioéthiques dégagées depuis une trentaine d’années. Miser sans le dire sur l’appoint fourni par le marché mondial des gamètes en ligne ou par la gestation pour autrui à l’étranger? Il faudrait ajouter l’hypocrisie au reproche précédent.

Qu’on le veuille ou non, il y aura conflit d’accès à la ressource et donc nécessité de rejeter certains projets parentaux et, pour les autres, de gérer une file d’attente. Comment arbitrer? La règle du «premier arrivé premier servi» ou le tirage au sort nous feraient retomber dans un égalitarisme artificiel et dans un «droit à l’enfant» faisant peu de cas de l’intérêt de ce dernier. Il en irait de même d’un système de quotas selon la catégorie du demandeur – couples hétérosexuels, couples de femmes et femmes seules – assurant que la proportion des accès accordés soit la même dans chacune des trois catégories (et pourquoi pas, pendant qu’on y est, des quotas par sous-catégorie: milieu, origine, religion, etc.).

Comme pour une adoption, les priorités d’accès devront donc reposer sur le seul intérêt de l’enfant, c’est-à-dire sur les garanties apportées par le couple (ou la femme seule) demandeur du point de vue de l’équilibre psychique de l’enfant, de sa santé, de son confort, de la stabilité de son environnement familial, de son éducation et de sa sécurité. À cet égard, que penser de la recevabilité d’une demande émanant d’une jeune femme isolée au RSA?

L’appréciation de l’intérêt de l’enfant appelle des expertises multiples, pas seulement médicales. Engageant la collectivité nationale du fait des moyens publics employés, comme de l’intérêt général qui s’attache à l’avenir des enfants ainsi conçus, il est normal que cette appréciation s’exprime dans des conditions suffisantes d’impartialité, d’objectivité et de transparence.

Principe de précaution

La prise en compte des garanties apportées à l’enfant pourrait fort bien conduire à préférer par exemple le projet parental de tel couple de femmes méritantes, motivées et professionnellement bien insérées dans la société à celui de tel couple hétérosexuel instable et fragile économiquement.

Mais qu’en est-il si un choix est à faire entre un couple hétérosexuel et un couple de femmes présentant tous deux les mêmes garanties du point de vue de la santé de la réceptrice, de la motivation du couple, de son statut social et de sa moralité? Ou entre un couple hétérosexuel et une femme seule? Ou entre un couple de femmes et une femme seule? Ne faudra-t-il pas, en pareil cas, c’est-à-dire «toutes choses égales par ailleurs», préférer le couple à la femme seule et le couple hétérosexuel au couple homosexuel, non par préjugé, mais en vertu d’une forme de principe de précaution?

Lequel? Tout simplement celui selon lequel l’enfant est mieux loti avec deux parents qu’avec un seul, ne serait-ce que parce que la disparition d’un parent est moins dramatique lorsqu’il en reste un autre ; celui selon lequel, au moins statistiquement, un enfant est plus à l’aise vis-à-vis de ses petits camarades lorsque sa structure familiale est conforme au modèle majoritaire ; celui selon lequel (une fois écartée, comme nous le faisons dans cet exemple, l’hypothèse du père indigne) un référent paternel est une richesse.

Et voici le diable de l’anthropologie qui, chassé par la porte des principes, revient par la fenêtre des modalités d’application. On ne s’en débarrasse pas à si bon compte.

Jean-Eric Schoettl

Il était grand temps!

«Pourquoi Les Républicains s’opposeront à la PMA sans père», Le Figaro, 02/11/2018

LR

Laurent Wauquiez, Christian Jacob, Bruno Retailleau, Franck Proust et Jean Leonetti  (1) prennent position contre la PMA pour les femmes célibataires et les couples de femmes, que le gouvernement prévoit d’autoriser.

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Les questions dites sociétales soulèvent des enjeux éthiques lourds que les revendications légitimes pour l’égalité, le bonheur ou l’amour ne sauraient évacuer. Souvent sensibles dès lors qu’elles touchent à notre intimité, elles n’en sont pas moins des questions politiques exigeant de nous, non pas les seuls bons sentiments, mais «un cœur intelligent»: tout ce qui est scientifiquement possible est-il pour autant humainement souhaitable? Tous les désirs individuels doivent-ils être satisfaits par la technique? La marche du progrès signifie-t-elle la négation des limites? En résumé, de quelle société voulons-nous?

Gardons bien ces questions en tête lorsque est proposée l’instauration de la PMA sans père. Aussi bien intentionné soit-il, ce projet ouvre la voie à des dérives qu’il faut mesurer avec lucidité. N’y a-t-il pas de risque à nier ainsi délibérément le rôle et la représentation du père dans l’éducation de l’enfant?

De plus, dans la logique égalitariste à l’œuvre, ce nouveau droit constitue une étape vers les mères porteuses et la marchandisation du corps de la femme. Un engrenage est à l’œuvre: comment refuser demain aux couples d’hommes ce que l’on accorderait aux couples de femmes? Il y a cinq ans, l’actuel premier ministre s’engageait à «s’opposer résolument» à la PMA sans père. Sa résolution fut de courte durée. Il dirige aujourd’hui un gouvernement qui souhaite la mettre en œuvre, tout en se disant «très défavorable à la GPA». Qu’en sera-t-il dans cinq ans?

Enfin, face à la pénurie de dons de sperme, l’extension de la PMA nous expose, comme le souligne le Comité consultatif national d’éthique, à une marchandisation croissante des gamètes humains débouchant sur un véritable «business» de la procréation. Elle risque d’accompagner une dérive eugéniste dont témoigne le site Internet de Cryos, la plus grande banque de sperme du monde: ses clients y choisissent leurs gamètes selon une douzaine de critères dont la couleur de la peau ou des yeux ; le panier de commande – habituellement représenté par un Caddie – y est illustré par un landau.

Nous semblons entraînés par une injonction au mouvement perpétuel, par un dépassement incessant des frontières, par une extension infinie des droits oublieuse de nos devoirs. Le philosophe Jean-François Mattei relevait que «le tragique de l’existence occidentale tient à la dérive de sa mesure naturelle dans un déchaînement de démesure». Se développe aujourd’hui une idéologie, le transhumanisme, promouvant un «homme augmenté» et même «la résolution du problème de la mort». La médecine traitant les pathologies laisserait ainsi place à une technique toute-puissante au service de tous les désirs et de tous les fantasmes repoussant sans cesse plus loin les frontières de l’éthique.

Il ne s’agit évidemment pas de s’opposer au progrès scientifique, mais le rôle de la politique et du droit n’est pas de s’adapter, avec plus ou moins de «retard», à toutes les demandes de la société ; certaines doivent être freinées si elles sont dangereuses. Souvenons-nous de cette maxime de George Orwell: «Quand on me présente quelque chose comme un progrès, je me demande avant tout s’il nous rend plus humains ou moins humains.»

Alors que le principe de précaution est invoqué à tout propos, la plus élémentaire des prudences semble pourtant faire défaut à propos de la perpétuation des êtres humains. Une certaine écologie politique se soucie à raison de protéger la planète, l’alimentation, les océans, les végétaux, les animaux, mais pas l’enfant à naître. Faisant exception, José Bové a courageusement décrit l’extension de la PMA comme «la boîte de Pandore vers l’eugénisme et l’homme augmenté» ; preuve que cette question échappe aux clivages politiciens.

Nous avons collectivement pour tâche de redécouvrir le sens des limites en forgeant une écologie de l’enracinement, soucieuse de l’être humain. Si la liberté d’entreprendre et d’innover a fait notre prospérité, l’extension illimitée du domaine du marché n’est pas souhaitable: nous n’accepterons pas que l’être humain soit déraciné et marchandisé.

Il est illusoire de réduire le débat en un clivage simpliste et imaginaire: le nouveau monde contre l’ancien monde, les gentils progressistes contre les méchants réactionnaires. Ce n’est pas la meilleure manière d’aborder des questions à la fois si complexes et si essentielles. La courbe des sondages ne nous dictera pas l’idée que nous avons de la société et de l’être humain.

Laurent Wauquiez, Christian Jacob, Bruno Retailleau, Jean Leonetti, Franck Proust

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(1) Respectivement président de LR, président du groupe LR à l’Assemblée nationale, président du groupe LR au Sénat, président de la délégation française au groupe du Parti populaire européen (PPE) du Parlement européen et président du Conseil national de LR.