Guerre sociétale

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La guerre sociétale déclenchée par François Hollande n’a jamais cessé, mais elle connaît aujourd’hui une nouvelle flambée avec le projet macroniste de légaliser la PMA sans  père. Dans un éditorial, Guillaume Tabard montre que le projet – contestée sur la méthode mais pas sur le fond – du député Guillaume Chiche n’est pas si isolée qu’elle ne paraît, et qu’elle témoigne d’une véritable stratégie concertée. Dans ce débat, tous reconnaissent qu’après les EGB il n’y a pas et il ne peut y avoir de consensus. Les oppositions ne peuvent être que frontales car elles anthropologiques, ce que ne peut traduire l’expression inepte de « promesse électorale ». Partant, la stratégie macroniste, qu’elle émane directement de l’exécutif ou de manière indirecte de députés téléguidés, ne peut que durcir la guerre sociétale.

L’initiative de Guillaume Chiche n’est pas une déclaration de guerre en tant que telle. Elle n’est que la continuité d’une logique portée par la loi Taubira sur laquelle La Manif pour tous n’a cessé d’alerter. Elle n’est que la continuité de la guerre sociétale, et parce que notre cause est juste nous ne déposerons jamais notre hostilité.

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Guillaume Tabard, « PMA : offensive macroniste contre prudence macronienne », Le Figaro, 17/07/2018.

Certains élus LaREM s’impatientent et veulent voir accélérer les débats sur la loi de bioéthique et les dispositions concernant la PMA.

La plaisanterie courait pendant la Coupe du monde: Macron allait profiter de ce que les Bleus captent l’attention de tous les Français pour faire voter en catimini la retraite à 85 ans et supprimer la Sécurité sociale. Canular bien sûr. Mais la volonté de certains élus macronistes d’en profiter pour pousser les feux sur la PMA n’en est pas un. C’est le matin même de la finale que le député LaREM Guillaume Chiche a annoncé le dépôt d’une proposition de loi, destinée à être adoptée «avant la fin 2018».

Simple coup de pub d’un député en mal d’existence ou ballon d’essai officiel? L’élu des Deux-Sèvres s’était il est vrai déjà singularisé en prônant la suppression du quotient familial ; le gouvernement l’avait alors remis à sa place. Et ce mardi, en réunion de groupe, Chiche s’est vu reprocher son initiative jugée trop personnelle. Mais personnelle ne veut pas dire isolée.

Dès le lendemain l’avis du Conseil d’État proposant un cadre juridique à l’extension de la PMA, deux personnalités, et non des moindres, avaient lancé l’offensive législative: le président de l’Assemblée nationale, François de Rugy, et le président du groupe LaREM à l’Assemblée, Richard Ferrand.

Depuis un mois, toutes les interventions issues de la majorité sur le sujet vont dans le même sens: exigence du calendrier le plus rapide possible, «sans tarder», a dit Ferrand ; passage par une proposition de loi, c’est-à-dire une initiative parlementaire plutôt qu’un projet de loi rédigé par le gouvernement ; enfin, une loi spécifique, sortie de la révision des lois de bioéthique. Lundi, une rencontre était prévue entre les ministres membres de La République en marcheet les instances de leur parti pour caler une stratégie ; rencontre finalement reportée en raison de la réception des Bleus à l’Élysée. Il y a donc bel et bien une offensive concertée des macronistes.

Débat de fond

Ce passage en force est pourtant contraire à la volonté d’apaisement exprimée par Emmanuel Macron. Le chef de l’État veut aller au bout du débat de fond? Certains de ses amis veulent le clore au plus vite. Il ne veut pas rééditer la séquence de la loi Taubira où ses opposants s’étaient, de son propre aveu, sentis «humiliés»? Guillaume Chiche traite déjà de «militants obscurantistes» ceux qui s’inquiètent de la «PMA pour toutes».

L’Élysée maintient que le choix n’est pas entre «tout interdire et tout permettre», l’avant-garde parlementaire ne veut entendre parler que d’un texte au contenu maximal (remboursement, double filiation…). Tout en étant personnellement favorable à une extension de la PMA, Emmanuel Macron fait un préalable de l’obtention d’un consensus le plus large possible ; certains macronistes sont bien déterminés à l’inverse à brandir un étendard sociétal leur permettant d’afficher un trophée idéologique.

Ce débat illustre aussi une coupure au sein de LaREM, les tenants d’une ligne plus à gauche pestant contre les penchants droitiers de la première année. Certains, notamment issus du PS, n’ont pas pardonné à Macron son discours aux Bernardins et sa visite au Vatican. Cette accélération vise à le lui rappeler. En avançant couverts par la bienheureuse diversion de la Coupe du monde, ils espèrent amener le gouvernement à un point de non-retour. En suscitant ainsi – et délibérément? – une logique contre-attaque des anti-PMA. Macron voudra-t-il et pourra-t-il empêcher le déclenchement d’une nouvelle guerre sociétale?

Guillaume Tabard

Vous souvenez-vous de Virginie?

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Virginie Tellenne, « PMA: ce sujet engage de façon irrémédiable l’avenir de l’humanité », Boulevard Voltaire, 13/07/2018.

À l’occasion du lancement du projet de la web TV de l’Avenir pour Tous, Virginie Tellenne rappelle les sujets présents et à venir dont s’empare ce collectif, notamment celui de la PMA sans père. Au micro de Boulevard Voltaire, elle prône le rassemblement pour mener efficacement ces combats.

  • On vous a connue en 2013 au moment des Manifs pour tous sous le nom de Frigide Barjot. Alors Frigide Barjot ou Virginie Tellenne, comment faut-il vous appeler ?

Tout simplement Virginie. Frigide Barjot a un peu de plomb dans l’aile pour l’instant, mais c’est juste le temps de la réparation. Lorsque le moment du grand rassemblement contre les lois qui détruisent la filiation de l’homme et de la femme reviendra, il sera impossible de ne pas redevenir Barjot. Je ne doute pas que ces lois passeront.

  • Nous sommes dans le 11e arrondissement pour le lancement d’un nouveau projet. De quoi s’agit-il ?

Il s’agit d’un projet très à la mode. Des amis m’ont proposé de lancer une web TV avec toutes les vidéos d’Avenir pour tous. Elle contiendra aussi celle d’avant Avenir pour tous, donc aussi celles des manifs. Nous souhaitons expliquer ce que nous proposons en alternative à la PMA anonyme, sans père et sans homme. Nous restons attachés à notre projet d’union civile co-parentale.

  • C’est un peu le retour de Virginie Tellenne sur la scène médiatique ?

C’est surtout la volonté d’essayer de se faire entendre. Il est très compliqué de se faire entendre dans les médias mainstream et même dans certains médias chrétiens. Ca fait cinq ans que nous envoyons des communiqués de presse. Il y règne une vraie chape de plomb. Heureusement, je peux m’exprimer de temps en temps sur Boulevard Voltaire. Nous ferons donc avec les moyens que certains mécènes vont nous donner.

  • La lutte contre la PMA est-elle un nouveau combat que vous pourriez mener en commun avec La Manif pour tous?

J’ai toujours été partisane et promoteur du rassemblement. Ce sujet est extrêmement grave et induit de telles conséquences pour l’humanité. On veut quand même faire disparaître totalement la filiation paternelle d’un enfant. Le Conseil d’Etat se pose la question, mais ne tranche pas s’il y a des conséquences à être privé de père ab initio. Le rassemblement sera évidemment la manière la plus efficace pour mener le combat. La question en suspens sera de savoir si tout le monde pourra s’exprimer avec ses propres propositions au sein du rassemblement. Ludovine de la Rochère est parfaitement au courant de tout cela. J’invite donc tous les lecteurs et auditeurs de Boulevard Voltaire à réclamer ce rassemblement et de demander à ce que toutes les propositions puissent être entendues, dont la nôtre. Nous souhaitons la co-parentalité entre le géniteur et l’éducateur, avec un père inscrit dans l’acte de naissance.

  • Cette web TV a t-elle déjà un nom ?

Elle porte le nom que nous portons depuis juin 2013. Elle s’appellera donc l’Avenirpourtous.tv

LREM dans tous ses états

Ce n’est pour le moment qu’une querelle de méthode, mais LREM montre déjà sa fragilité à peine M. Chiche s’est-il fait remarquer sur la question de la PMA sans père… On remarquera également comment Mme Thill – toute à sa « candeur » – « découvre » le terrorisme idéologique de ses collègues (à propos des « militants obscurantistes »…).

Agnès Thill

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Manon Rescan, « La « PMA pour toutes » suscite déjà des tensions au sein du groupe LRM », Le Monde, 18/07/2018.

Une députée « marcheuse » a contesté la « méthode » de l’un de ses collègues, prêt à déposer une proposition de loi sur l’ouverture aux couples de femmes de la procréation médicalement assistée, alors que des auditions sont en cours.

Ce n’est qu’une passe d’armes, mais elle dresse la nature des débats qui attendent la majorité à l’Assemblée dans les prochains mois. Mardi 17 juillet, lors de la réunion de groupe hebdomadaire de La République en marche (LRM), Agnès Thill, élue de l’Oise, a reproché à son collègue Guillaume Chiche, des Deux-Sèvres, ses prises de positions récentes concernant l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes.

Dans un entretien au Journal du dimanche, le 15 juillet, ce dernier annonçait son intention de déposer dans la semaine une proposition de loi porteuse de cette promesse de campagne d’Emmanuel Macron. « En France, la procréation médicalement assistée est selon les termes du code de la santé publique, réservée aux couples hétérosexuels (…) Nous sommes déterminés à mettre fin à cette inégalité », est-il écrit dans le texte que M. Chiche a transmis à ses collègues de la majorité mardi soir et que Le Monde a pu consulter.

« Nous parlementaires, nous devons permettre à chacune et chacun de vivre sa vie de parent, comme il l’entend mais surtout de reconnaître à égalité de droit et de dignité les différentes façons de le devenir », est-il ajouté dans ce document que les parlementaires LRM ont été invités à soutenir. Le dépôt formel du texte doit avoir lieu jeudi à l’Assemblée.

« Si les Bleus ont gagné c’est parce qu’ils ont joué collectif », avait rétorqué Mme Thill à M. Chiche mardi midi, osant la comparaison avec la victoire de l’équipe de France lors de la Coupe du monde de football. « On vient juste de commencer des travaux d’une mission d’information consacrée, entre autres, à ce sujet, les auditions ne sont pas terminées » ajoute-t-elle, agacée, auprès du Monde. L’initiative de M. Chiche intervient alors que l’exécutif reste discret quant à la future réforme : aucun calendrier officiel n’a été annoncé, même si selon plusieurs sources parlementaires l’option privilégiée est aujourd’hui de la voter dans le cadre de la révision des lois de bioéthique au début de l’année 2019.

Liberté de vote

D’ici là, de nombreux sujets restent à arbitrer. L’ouverture de la PMA aux couples de femmes est une promesse de campagne, mais elle pose des questions connexes. Dans sa proposition de loi, M. Chiche défend le fait qu’elle puisse être remboursée, comme c’est le cas pour les couples hétérosexuels. « Tout cela pose des questions que nous abordons dans le cadre de la mission d’information, indique Mme Thill, si tout est joué d’avance, il faut nous le dire. »

Si Emmanuel Macron s’est engagé à ouvrir la PMA aux couples de femmes et aux femmes célibataires, le groupe LRM a toujours dit qu’il accorderait aux députés une liberté de vote sur les questions éthiques. Au sein de la majorité cohabitent des sensibilités différentes sur ces sujets. « Je suis pour la PMA, mais j’entends les positions des autres », explique Mme Thill, qui se qualifie de « chrétienne ».

« Pour moi, l’ADN d’En marche c’est « écoute, bienveillance et consensus », on n’y est pas ! », poursuit-elle encore, particulièrement touchée par le fait que son collègue a qualifié de « militants obscurantistes » ceux qui s’opposeront à la future réforme. « C’est insupportable, dès qu’on émet une réserve sur ces sujets de bioéthique, on est vus comme des membres de Sens commun! » s’emporte la députée. En octobre 2017, Emmanuel Macron avait souhaité qu’un « débat apaisé » ait lieu au sujet de la PMA. Dans sa majorité, le sujet est déjà inflammable.

Guillaume Chiche ou la haine de la Famille

Né en 1986 dans une famille de militants socialistes, Guillaume Chiche est passé par le syndicat étudiant UNEF et le Mouvement des Jeunes Socialistes (MJS) avant de se lancer en politique. Actuellement député de la 1ère circonscription des Deux-Sèvres, l’homme est l’archétype même du politicien de gauche progressiste: pétri par la matrice idéologique depuis l’enfance et opportuniste (encarté au PS, il passe à LREM en 2016).

Lorsque l’aveuglement idéologique amène à qualifier les opposants d’ « obscurantistes », c’est que le combat est juste (du côté des « obscurantistes » évidemment…).

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Sarah Paillou, « Guillaume Chiche, député En marche: « Ma proposition de loi ouvre la PMA à toutes », Le JDD, 14/07/2018.

Le député LREM des Deux-Sèvres Guillaume Chiche veut déposer cette semaine une proposition de loi autorisant la procréation médicalement assistée (PMA) pour les femmes célibataires et les couples lesbiens. Guillaume Chiche défend « la reconnaissance automatique de la filiation des enfants nés d’une gestation pour autrui (GPA) à l’étranger » dans sa proposition de loi.

Alors que le Conseil d’Etat a rendu publique mercredi une étude actant qu’aucun obstacle juridique n’empêchait l’ouverture de la PMA à toutes les femmes, Guillaume Chiche prend le gouvernement de vitesse en déposant une proposition de loi. « Elle contient l’ouverture de la PMA à toutes les femmes, y compris aux célibataires et couples lesbiens, et le remboursement par la Sécurité sociale de cet acte », explique le député des Deux-Sèvres, qui se défend de « chercher à mettre la pression sur le gouvernement ».

« Aujourd’hui, il existe une discrimination insupportable dans l’accès à une pratique médicale. Je veux la supprimer le plus rapidement possible: j’explore tous les moyens pour garantir l’égalité entre les femmes », se justifie-t-il pour anticiper le projet de loi bioéthique, prévu par le gouvernement pour la rentrée.

Un combat face à des « militants obscurantistes »

Confiant dans le fait qu’une majorité de Français soutiennent cette ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux célibataires, le parlementaire macroniste vise une adoption du texte « avant la fin 2018 » mais se méfie dans ce « combat » des « militants obscurantistes [qui] vont vouloir refaire le match de la mobilisation contre le mariage pour tous ». Il prévient: « Certains, faute de pouvoir attaquer frontalement l’élargissement de la PMA, risquent de s’opposer à son remboursement. Mais ne pas le prévoir aboutirait au maintien d’une discrimination financière. »

Par Sarah Paillou