Hypocrisie LGBT

Benoît Rayski, « Quand les LGBT font un tri sélectif entre les homophobes! », Atlantico, 22/10/2018.

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Tout est dans le non dit. Et le silence est d’or…

Ce dimanche avait lieu une manifestation place de la République. Un événement relayé par Têtu, un journal de combat et Libération, son compagnon de route. Son thème : halte à la « LGBT phobie ». La lecture de ces deux journaux nous apprend que ces derniers temps les agressions homophobes se sont multipliées à Paris et dans la région parisienne. Ici, un couple d’hommes qui se faisait un câlin roué de coups. Là deux lesbiennes frappées et insultées. Là encore un garçon tabassé parce qu’il était maquillé.

Ces agressions soulèvent à juste titre l’indignation. On connaît les victimes elles méritent la compassion. Mais on ne connaît pas (ou plutôt on ne veut pas connaître) leurs agresseurs. Car, ne voulant pas stigmatiser, les associations LGBT et les journaux dévoués à leur cause répugnent à les désigner.

Toutefois le patron de SOS homophobiea donné un début de piste. Il rapproche ces agressions au retour en force de la manif pour tous. De là on serait tenté d’imaginer que les actions homophobes ont pour auteur des demoiselles catholiques en jupes plissées bleu. Ou alors des garçons blonds, ou aux crânes rasés, qui sitôt sortis de la messe se précipiteraient violemment sur tout gay qui bouge…

Les vrais agresseurs ont les connaît pourtant. Ils ne disent pas « PD », « tantes », « tantouzes ». Ils disent « fiottes ». Un élément de langage qui appartient en propre à la banlieue. Mais les LGBT se refusent à pointer du doigt “une population souffrante”. Car les LGBT sont de gauche : la gauche Berger et Yves Saint Laurent.

La manipulation de l’Ordre national des médecins

PMA: « Nous, médecins, réclamons d’être consultés par l’ordre qui parle en notre nom », Le Figaro, 07/10/2018.

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Plus de 340 cosignataires protestent contre la position de l’Ordre des médecins qui, auditionné par l’Assemblée nationale, a déclaré ne pas être opposé à la légalisation de la PMA pour les femmes seules et pour les couples de femmes.

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Le 19 septembre lors d’une audition à l’Assemblée nationale, le docteur Jean-Marie Faroudja, parlant au nom de l’Ordre des médecins, a déclaré ne pas être hostile à l’extension de la «procréation médicalement assistée» (PMA) aux femmes célibataires et aux couples de femmes. Cette position est confirmée sur le site de l’Ordre où l’on peut lire: «L’Ordre ne doit pas être une instance moralisatrice face à une demande sociétale. Si la société veut une aide médicale à la procréation (AMP) élargie aux femmes seules ou homosexuelles en couple, c’est à elle de trancher. L’Ordre ne peut s’y opposer.»

Nous, médecins signataires de cette tribune, souhaitons nous désolidariser de cette prise de position car elle nous semble contraire à la vocation de la médecine et au serment d’Hippocrate pour quatre raisons principales.

La PMA pour les femmes célibataires ou pour les couples de femmes n’est pas une indication médicale. La médecine est par définition un art dont les buts exclusifs sont de prévenir les maladies, restaurer les fonctions défaillantes de l’organisme, réparer les malformations anatomiques. Au-delà de ces indications, tout acte intrusif chez une personne qu’on sait en bonne santé sort du champ médical. C’est le cas de l’insémination artificielle avec sperme de donneur en dehors de la complémentarité homme-femme. Il est donc paradoxal pour ne pas dire antinomique que l’Ordre des médecins ne s’oppose pas à l’élargissement de la PMA. Le rôle de l’Ordre est pourtant de rappeler les limites et les exigences de notre profession.

La «souffrance des femmes» en désir de maternité invoquée par le représentant de l’Ordre des médecins lors de son audition à l’Assemblée pour justifier le bien-fondé de l’insémination des femmes seules ou des couples de femmes n’est pas un argument recevable. Il postule que ces femmes souffriront moins ou ne souffriront plus lorsqu’elles auront un enfant. Qui peut l’affirmer? Aucune étude sérieuse n’a été menée sur la question. En outre, même si le médecin doit être à l’écoute de son patient, la souffrance affective n’est pas un passe-droit accordé au médecin pour s’immiscer de manière active dans la vie intime et privée des personnes qui viennent le consulter.

Surtout, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être au centre des préoccupations. «L’assistance à la procréation avec donneur prive volontairement l’enfant de la relation structurante avec deux adultes de sexe différent», comme l’a souligné le comité d’éthique de l’Académie nationale de médecine le 2 mai 2018 lors de son audition devant le Comité consultatif national d’éthique. La tradition médicale nous apprend Primum non nocere, «d’abord ne pas nuire». Et «fabriquer» des enfants sans père revient à leur nuire.

En ne s’opposant pas à la PMA non médicale, l’Ordre des médecins laisse la porte ouverte à tous les abus. Qui pourra s’opposer demain aux demandes de couples hétérosexuels qui voudront un bébé parfait et se tourneront vers le corps médical pour répondre à leur attente au nom de l’égalité? Nous savons que le marché de la procréation est immense. Ouvrir la PMA non médicale aux femmes en bonne santé, c’est ouvrir le marché du corps humain.

Nous regrettons que l’Ordre n’ait pas questionné l’ensemble de la profession médicale sur cette question fondamentale. Il était facile de le faire par informatique durant les États généraux de la bioéthique auxquels l’Ordre s’est soustrait. Il ressort des sondages effectués sur la question que la majorité des médecins est hostile à l’extension de la PMA.

Nous, médecins, avons l’impression d’avoir été utilisés à des fins politiques et idéologiques par l’institution censée nous représenter. Cela va créer des fractures dans notre profession. Il est encore temps de rattraper cette faute grave et lourde de conséquences. Il serait judicieux et constructif que, par un communiqué officiel, le Conseil national de l’ordre désavoue dans les jours qui viennent la position exprimée par son représentant à l’Assemblée nationale et en revienne à un discours strictement médical. Cela serait salutaire pour notre profession.

  • Parmi les cosignataires figurent notamment le docteur Raphaël Nogier, président de l’association Cosette et Gavroche, ainsi que des représentants des différents domaines de la médecine: pédiatrie, psychiatrie, gynécologie, chirurgie, cardiologie, pneumologie, ophtalmologie, dermatologie, gériatrie, médecine d’urgence, médecine généraliste, etc. La liste complète des cosignataires peut être consultée ici.

Le Conseil d’État: ce bâtiment qui était pavoisé aux couleurs LGBT…

« Exclure les lesbiennes de la PMA n’est pas discriminatoire, selon le Conseil d’État », Le Figaro, 03/10/2018.

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La plus haute juridiction administrative avait été saisie du cas d’un couple de femmes infertiles qui s’était vu refuser une aide médicale à la procréation par le CHU de Toulouse. Refuser d’accorder une procréation médicalement assistée (PMA) à deux lesbiennes n’est pas contraire au principe d’égalité devant la loi, estime le Conseil d’État dans une décision consultée mardi par l’AFP. La plus haute juridiction administrative juge dans cet arrêt rendu vendredi que «la différence de traitement (…) entre les couples formés d’un homme et d’une femme et les couples de personnes de même sexe (…) n’est pas contraire au principe d’égalité».

Pour les juges, «le principe d’égalité ne s’oppose ni à ce que législateur règle de façon différente des situations différentes ni à ce qu’il déroge à l’égalité pour des raisons d’intérêt général». Le Conseil d’État avait été saisi début juillet d’une Question prioritaire de constitutionnalité (QPC) soulevée par un couple de femmes après que le CHU de Toulouse leur eut refusé leur demande de PMA en avril. Le couple, dont les problèmes d’infertilité ont été médicalement diagnostiqués, estime que la loi actuelle, qui réserve la PMA aux couples hétérosexuels infertiles ou risquant de transmettre une maladie à l’enfant, «méconnaî(t) le principe d’égalité devant la loi», selon l’arrêt du Conseil d’État.

Selon les deux lesbiennes, cette «différence de traitement entre les couples souffrant d’une infertilité médicalement diagnostiquée, selon qu’ils sont de même sexe ou de sexe différent», n’est pas justifiée. «C’est une décision invraisemblable», a réagi Caroline Mécary, l’avocate du couple. C’était au Conseil constitutionnel de dire si la loi était discriminatoire ou non.» En refusant de transmettre cette QPC aux «Sages», «le Conseil d’État a outrepassé ses pouvoirs et s’est érigé en censeur», a-t-elle estimé. La question de l’ouverture de la PMA aux couples de lesbiennes et aux femmes célibataires «n’est donc pas une réponse à un problème de discrimination ni une mesure d’égalité», s’est félicitée dans un communiqué la présidente de La Manif pour tous Ludovine de la Rochère.

Un débat au Parlement début 2019

Dans un rapport rendu en juillet sur la révision des lois de bioéthique, le Conseil d’État avait choisi ne pas prendre parti: «rien n’impose au législateur d’ouvrir aux couples de femmes et aux femmes seules» l’accès à la PMA, mais rien n’impose non plus le «statu quo», avaient écrit les juges. Le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) a rendu la semaine dernière un nouvel avis favorable à l’extension de la PMA aux couples de lesbiennes et aux femmes seules, un des engagements du candidat Emmanuel Macron. Le gouvernement doit déposer un projet de loi bioéthique dans ce sens avant la fin de l’année, en vue d’un débat au Parlement début 2019.

CCNE: « un rapport de pseudo « haut-niveau »…

Marin de VIRY, « PMA: Pas besoin de père! », Le Figaro, 01/10/2018.

L’écrivain et critique littéraire Marin de Viry a lu l’avis du CCNE sur l’extension de la PMA aux couples de femmes. Il a été frappé par le caractère technocratique du texte et, surtout, par l’absence du père, pourtant au centre des enjeux.

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Un point de style: le rapport du Comité national consultatif d’éthique, en tout cas dans la partie qui concerne la procréation médicalement assistée (PMA), est une sorte de synthèse crispée, écrite dans un style clinique d’énarque qui aurait enfilé une tenue stérile et des gants d’examen anatomiques pour traiter des problèmes de procréation. Synthèse, car la méthode consistait à faire remonter de plusieurs collèges les opinions ayant cours sur le sujet.

Crispée, car on sent bien que les débats entre par exemple les associations qui poussent à la PMA pour les couples de femmes homosexuelles et les courants religieux furent tendus. Au fond, ce sujet porte sur la vie, les enfants, les familles et la République, toutes choses enthousiasmantes, mais il est évident que l’auteur du rapport serait plus à l’aise, et au chaud, pour traiter de l’efficacité des politiques publiques en matière de fiscalité de l’immobilier d’entreprise.

Ce hiatus stylistique n’est pas dépourvu de portée, car ce comité éclaire le législateur et le public, lesquels vont lire le produit du meilleur de l’esprit d’État: un mélange de froide technicité de juge d’instruction, de synthèse pointue de conseiller d’État et de neutralité formelle de directeur de cabinet organisant une consultation de partenaires sociaux. Le tout, il faut le dire net, d’un ennui mortel. Cet ennui me rend méfiant, sur un sujet aussi noble et brûlant que la possibilité pour des couples homosexuels d’avoir accès à la PMA. Je n’ai pas envie d’être anesthésié par un énarque sur un enjeu pareil.

Certes, ce rapport, en bon rapport de pseudo «haut niveau», se donne un cadre problématique de philosophie politique, en posant la question (un rien scolaire): «Quelle société voulons-nous pour demain?» Il me semble toutefois que la vraie question est plutôt: que voulons-nous, demain, dire à nos enfants de leur origine? Posée ainsi, c’est-à-dire réellement et non pas théoriquement, particulièrement et non pas généralement, on peut moins noyer le poisson.

L’absence du père est frappante dans ce texte. Il n’est évoqué qu’à travers les propos des associations qui estiment que l’enfant a le droit à «un papa et une maman» – c’est l’angle «nature» -, auxquels d’autres associations répliquent que les jeux de «rôle» permettent de recréer un «papa» au sein d’un couple de femmes homosexuelles – c’est l’angle «culture». Notre plume énarque a un peu de mal à faire la synthèse entre la nature et la culture… On le sent au bord d’écrire: «Le législateur tranchera.»

Quand même, on sent bien que dans ce rapport, implicitement, c’est la «culture» qui gagne, c’est-à-dire l’idée que l’homme concret peut laisser sa place à l’homme joué, au sein d’un «projet de famille» qui est présupposé supérieur en dignité à la famille biologique. Et il lui est supérieur en dignité car il fait régner le principe d’égalité du droit à l’enfant entre les couples homosexuels et hétérosexuels. Grâce au principe d’égalité et au primat de la «culture» sur la «nature», la logique veut que le père biologique perde l’exclusivité du rôle de père.

Et au fond, il y a quelque chose d’imparable là-dedans, car même si nous prenons le point de vue de la nature, le père perd, si j’ose dire. Nous sommes en effet tous bien d’accord: dans la nature, la mère fait tout et le père pas grand-chose, dans le processus qui va de la procréation aux premiers mois de l’enfant. Le rôle du père est certes bien répertorié dans la procréation, mais il est nul dans la gestation, et il se transforme carrément en nuisance périphérique pendant les premières semaines de la vie d’un enfant.

Qu’en effet ce terzo incomodo, ce bémol dans l’extase relationnelle maman-bébé, ce parasite de la fusion, ce figurant poussif du premier acte, ce modeste semeur en fond de tableau, revendique un rôle beaucoup plus important que son mérite dans l’affaire ne le justifie, ne voilà-t-il pas une preuve surabondante de l’insatiable appétit de pouvoir du patriarcat? D’une certaine façon, éjecter le père de la famille est une preuve de soumission plus grande à l’ordre naturel que de le mettre au centre du jeu. Car la nature envoie un message très clair: l’homme, c’est trente secondes ; la femme, neuf mois. Les couples de femmes homosexuelles réclamant l’ouverture à la PMA en ont tiré les conclusions. Comme disent les Anglais: «The winner takes it all.»

Un jour viendra dans la vie d’un couple où il faudra parler à son enfant, les yeux dans les yeux. Un couple de femmes homosexuelles ayant eu accès à la PMA aura le choix entre une fiction héroïque -«Tu es né de notre désir d’enfant, de notre projet de famille, et peu importe l’identité du fournisseur de semence mâle dans l’affaire» -, soit d’assumer l’exclusion du père du champ des vivants – «Un homme n’a rien à faire dans notre couple, sa contribution à ton existence est accidentelle, sa vie ne te concerne pas, le sperme médicalisé qui t’a conçu n’est pas une personne».

Très bien. Pour éliminer le père, il faut en passer par la technique. Le débat n’est donc pas entre la nature et la culture, débat complètement vaseux, mais entre la vie et la technique, ce qui est beaucoup plus précis: la vie, c’est ce qui est, la technique, c’est ce qui modifie ce qui est au profit d’une intention. Au bout de l’aventure technique de la PMA pour les couples de femmes homosexuelles, il n’y aura plus trace d’aucune personne humaine du côté mâle, le sperme sera complètement détaché d’un corps réel. C’est à ce moment-là qu’à la question: «Qui est mon père?» la mère pourra enfin répondre: «Ton père, c’est la technique, et ton parrain, c’est l’État.» On peut penser calmement – c’est mon cas – que dans cette phrase il y a le renoncement à l’honneur de vivre. C’est ce qui finit par arriver quand on laisse le royaume de l’abstraction énarchique se faire envahir par l’empire de la technique.

  • Marin de Viry collabore à la Revue des deux mondes. Dernier roman publié: Un roi immédiatement(Éditions Pierre-Guillaume de Roux, 2017, 144 p.,18,50 €).